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Une prière pour mon professeur et oncle: Habib , Allah Yarehmou

L’image contient peut-être : 1 personne, gros planJe suis certain que nous sommes nombreux parmi ses innombrables anciens élèves, à avoir à ces tristes mots, ressenti le désir de lui adresser un témoignage de respect, de reconnaissance et de tendre filiation, lui qui fut pour ma génération des années -85/90, l’un des plus grands professeurs à nouadhibou. Je voudrais ici me permettre de lui rendre un hommage.
Il y avait plusieurs Monsieur HABIB OULD MAHFOUD.

 

Il y avait l’homme. Démarche souple, taille moyenne, vêtement sobre, l’œil toujours vif, la voix précise qui claque et articule, de longues mains fines, le dos toujours droit, et surtout un visage qui dissimule une profonde tendresse par-delà cette image du professeur sérieux et austère.

Professeur éminemment expérimenté, il savait pourtant jeté sur nous, adolescents mal dégrossis, un regard attentif et neuf, qui nous « responsabilisait »… c’est qu’il avait en effet cette vocation magnifique pour l’enseignement, la transmission du savoir, des arts et de la culture.

Monsieur HABIB avait plus que du charisme, plus qu’une autorité naturelle, il avait en lui cette ardeur intérieure, qui n’était pas loin sans doute de ressembler à une joie, à un bonheur intérieur qu’il ne m’appartient pas de préciser, mais dont je me souviens parfaitement.
Il y avait bien sur le professeur de lettres.  Dans mon cœur, et je pense que je vais lui faire plaisir, je ne peux pas ne pas associer son nom à celui de Charles Baudelaire. Monsieur HABIB était un véritable maitre sur Baudelaire.

Il fallait l’entendre lire « L’Invitation au voyage », « Parfum exotique », « La vie antérieure », et tant d’autres… ; sa voix, je l’entends encore quand j’ouvre mes « Fleurs du Mal ». Monsieur HABIB avait, par je ne sais quels moyens, pénétré l’âme de Baudelaire et dans ses commentaires, il savait choisir le mot juste, l’interprétation créative, les « correspondances », qui nous ouvraient, à nous public inculte, vers de nouvelles intimités de la conscience poétique.

Baudelaire, mais aussi Musset, Stendhal, Hugo bien sûr (Booz endormi…), mais aussi Nerval. Tiens Nerval, justement l’autre jour, j’ai acheté sur les quais « les Chimères » : « Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé ». Merci, Monsieur MAHFOUD pour ce que vous avez su me faire découvrir, par les froids jours de novembre 1989, dans cette curieuse salle du lycée de nouadhibou, ces poètes et au-delà, ce continent intérieur qu’est la littérature.
Texte et poeme au demeurant difficilent, mais qu’il savait nous décortiquer, sur les plans de la syntaxe, des temps, des verbes, avec une précision et un sens pédagogique que j’ai personnellement rarement rencontrés par la suite.
Il y avait donc l’amoureux des arts. L’intelligence de Mahfoud était de faire converger les disciplines, et de créer les liens entre les arts : littérature, mais aussi peinture, architecture, sculpture et parfois musique. Si je me souviens si bien des grands poèmes de Baudelaire, c’est parce qu’il y associait Claude Lorrain(peintre) et ses « Ports de mer au soleil couchant » : « J’ai longtemps habité sous de vastes portiques que les soleils marins teignaient de mille feux »…

Magnifique exercice d’ouverture de l’esprit qui à un moment de notre jeunesse où tout est neuf, nous faisait intensément saisir tout le sérieux des arts, tout leur dialogue intérieur, et en même temps leur enroulement autour une extraordinaire complexité que des artistes comme le Lorrain ou Baudelaire ont tenté de percer et qui s’appelle : le monde…. !

Je voudrais ici remercier profondément Monsieur HABIB OULD MAHFOUD de cet amour des arts, des civilisations, qu’il a transmis et qui est à l’évidence si important dans nos vies personnelles d’aujourd’hui.
Ne soyons pas trop long. Juste terminer en adressant à Monsieur OULD MAHFOUD, qui demeure à n’en pas douter dans le Paradis du Beau, et qui fut un des professeurs les plus marquants pour moi, mon immense respect, ma profonde estime et mes toutes personnelles prières.

 

Sidahmed Khlil
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