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FLAM Mauritanie : Droit de réponse de Monsieur Ould Cheine et flagrant délit de mensonge

L’alliance électorale conclue récemment  entre IRA/RAG et le Sawab, formation politique mauritanienne d’obédience Baathiste, connue pour défendre le caractère exclusivement arabe de la Mauritanie, a entraîné une série de réactions notamment sur les réseaux sociaux. Dans ce cadre, notre site, à l’image de nombreux journaux et sites d’information mauritaniens, a publié, le 2 juin, à la rubrique « Opinions » un texte de M. Ciré Ba.

En réaction à cet article, M. Devali O. CHEINE, l’un des responsables du courant baathiste, a cru devoir exercer un « droit de réponse » repris notamment sur le site Boolumbal du 5 juin 2018. Il y évoque en particulier une rencontre, intervenue alors que les uns et les autres étaient en détention à la prison civile de  Nouakchott, entre dirigeants des FLAM et dirigeants Baathistes en ces termes:

« …La rencontre, quasi miraculeuse, en prison en 1987 entre Baathistes et le remarquable Feu LY Djibril (Allah yarhamou), premier président des FLAM, s’est terminée malgré eux trop tôt, lorsque ce grand leader a été pratiquement arraché de leurs mains pour être jeté dans le triste bagne de Oualata ».

Contre vérité ! Nous tenons en tout premier lieu à préciser que la durée de détention des responsables Baathistes, accusés d’avoir pris part à une tentative de coup d’Etat contre M. Ould Taya n’a pas excédé une quinzaine de jours. Faut-il rappeler, par contraste, que la détention, accompagnée des pires tortures, de militants et de responsables des FLAM (après la publication par ce mouvement d’un document qui dénonçait le racisme d’Etat) au bagne de Oualata où ils ont été déportés le 8 décembre 1987 a duré plusieurs longues années et que certains de nos amis y ont laissé leur vie au terme d’horribles souffrances ?  Monsieur Ould Cheine aurait pu, par décence, éviter ce parallèle.

Cela étant précisé, nous vous proposons ci-dessous un témoignage de Ibrahima Abou Sall qui ne souffre pas d’actualisme puisqu’il remonte à 2003. Il y est clairement narré cette rencontre qui n’a pas été interrompue par leur déportation à Oualata, puisque les baassistes étaient à l’air libre depuis belle lurette.

….« ….Au début de la première quinzaine du mois de septembre 1987, à la prison civile de Nouakchott, le Bureau national des F.L.A.M en détention (Jibril Hammee LIH, Sammba CAAM, Abuu Bakiri JALLO, Aamadu Moktaar SOH et moi) avait accepté d’avoir une discussion sur la Question nationale avec des membres de la direction civile du parti Baas de Mauritanie (Wul BREDELIL, Mehmed Wul AHMED, etc. ), lors de leur brève détention (15 jours) suite à une accusation de préparation d’un coup d’Etat militaire contre le régime de Wul TAYA. Les Baasistes présentèrent tous leurs arguments qui justifiaient, selon eux, que la Mauritanie est un pays arabe et qu’elle ne peut être habitée que par des Arabes. J’ai alors interpellé, avec beaucoup de naïveté parce que je croyais à l’époque à la force de l’Histoire, Mehmed que j’avais trouvé au département d’Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Dakar en 1971. Un Baassiste invétéré chauvin, raciste anti Africain qui aurait pu, s’il en avait les moyens politiques, éliminer de l’espace administratif de la Mauritanie toute personne non arabe. Un individu que j’ai toujours combattu avec conviction et sans concession.

«Mehmed, nous nous connaissons très bien puisque nous nous sommes retrouvés au département d’Histoire. Tu as appris l’histoire du peuplement de toute notre région. Moi, je ne suis pas Arabe. Je suis un Haal Pulaar du Fuuta Tooro, ma patrie qui est aujourd’hui écartelée entre la Mauritanie et le Sénégal. Je suis fier de ce que je suis. Je ne serai jamais un Arabe. Alors, comment tu vas résoudre ma situation en Mauritanie ?»

Alors Wul BREDELIL m’a répondu immédiatement à sa place.

«Tu traverses le fleuve»

Cette phrase mit fin immédiatement à notre discussion avec les Bassistes qui furent libérés le 15 septembre 1987.

Il faut préciser que la circulation d’une rive à l’autre du fleuve Sénégal est une chose normale qui résulte d’un processus historique remontant à des milliers d’années. Malgré l’existence de cette frontière administrative imposée entre les colonies du Sénégal et de la Mauritanie par le décret du 25 février 1905, ce fleuve n’a jamais été une frontière pour les populations autochtones vivant à cheval sur les deux rives, encore moins un élément de rupture. Le Sénégal et son bassin forment une entité géographique (terres du waalo, terres du jeeri) qui ont permis à leurs habitants d’élaborer au fil des temps une socio-économie fondée sur l’agriculture, l’élevage et la pêche (D’ALVISE CA’DA MOSTO 2003). La création de cette frontière artificielle au milieu d’une unité géographique homogène a favorisé le dysfonctionnement de ce mode d’organisation socio-économique. Ces activités au quotidien d’une rive à l’autre qui sont pratiquées depuis des siècles, bien avant l’arrivée des Arabes puis celle des Européens en Afrique subsaharienne, sont assimilées aujourd’hui par une idéologie à une invasion de la Mauritanie par des populations noires. Rappelons que la Mauritanie a été créée par le colonisateur français d’abord sur le papier le 29 décembre 1899 et constituée sous sa forme actuelle avec intégration de la rive droite à partir d’un arrêté du 10 avril 1904.

 

Cette thèse a justifié l’action politique des campagnes de dépopulations des autochtones de la vallée par des campagnes d’expulsions des soi-disant Noirs étrangers  et de massacres  d’autres civils et militaires noirs entre 1989 et 1990, massacres au cours desquelles les H’râtîn jouèrent un rôle essentiel comme par le passé historique »….

Extrait de l’intervention d’Ibrahima Abou SALL, Historien, à la journée des Déportés organisée le dimanche 29 juin 2003 par le Collectif des associations et organisations mauritaniennes de défense des Droits de l’Homme (C.A.O.M.D.H.)

FLAM Mauritanie

 

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