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Je n’ai jamais demandé à chômer ! Le disciple, le zrig et le marabout (Par Brahim Bakar)

Je n'ai jamais demandé à chômer !  Le disciple, le zrig et le marabout (Par Brahim Bakar)Il ne faut pas avaler le pouvoir, il faut le boire à petits coups ( L’Emir Ahmd Mahmou Ould Mheîmid )

En 2004, à la fleur de l’âge, ou à un peu plus, ma carrière a chamboulé, du fait de malfrats haineux. Une petite poignée d’officiers parvenus à la faveur des méandres d’une carrière alambiquée précédée d’une formation sommaire.

Ceux-là – j’en ai parlé dans l’un des mes livres, La Mauritanie entre les chars et les urnes – évidemment peu brillants, haïssaient un jeune officier pétillant, et alors dérangeant par son franc- parler.

Par délit de parenté, je suis poussé vers la sortie, serrant contre mon cœur une petite somme, restant des retenues disciplinaires sur mon salaire, une sanction réservée par le règlement au personnel non-officier. Peu importe. Tous les coups étaient permis dans le bateau ivre du pouvoir ubuesque.

L’ardeur juvénile aidant, je me recyclais en journaliste et en chef d’entreprise de Sécurité. De quoi au moins préserver l’honneur souvent mis en péril par la mouise. Pour arrondir les fins de mois, je me faisais journaliste de jour- gardien de nuit.

Survint alors une idée « innovante » : la création d’une société unique proposée, voire imposée, par l’un de mes collègues, le Colonel Cheikh O Baya, en l’occurrence.

Obligé de m’associer en violation de l’affectio societatis (la volonté de s’associer) je rentrai dans le rang sous la menace du Ministre de l’intérieur et de « la Coordination des institutions de sécurité », un organe controuvé, piloté par le très honnête Baby Housseynou, convaincu tardivement de sa hartanité par « An aqib ».

Comment -pourquoi contraindre quelqu’un à s’associer à des hommes avec lesquels il n’a jamais rien partagé, et qui de surcroît sont ni ses agnats ni ses cognats ? Je reviendrais ultérieurement à ce feuilleton digne de Dallas. Au lieu d’un revenu substantiel, gagné à la sueur de mon front, il eut fallu me contenter, vaincu, de la portion congrue. Le préjudice était aussi énorme que la violence symbolique que je subissais. Mon action en justice est prête. Seulement un Ould Riha, affable et diplomate, m’a demandé de la différer. Sans lui, au passage, la société tirée au forceps n’aurait pas survécu une semaine. Les matérialistes ne voient que Ould Baya, puis qu’il s’est déclaré milliardaire, or le soldat inconnu c’est lui.

Traversant un désert tout juste humide, je suis reçu en mai 2014 par mon ancien compagnon d’armes, le Président de la République Mohamed Ould Abdel Aziz qui, ayant goûté avec moi aux « délices » de 6° Région Militaire, n’a pas supporté me voir sur le bas- côté de la route.

A moi et à des milliers de militaires et de paramilitaires, il a rendu, à son honneur, l’ascenseur. Qu’il en soit ici vivement remercié et félicité. Je suis prêt à lui rendre la pièce de la monnaie. Un adage de la culture équestre hassane dit : Khail ma tred Khail mahi hraîr / Des chevaux incapables de repousser d’autres ne sont pas des purs sangs.

En me voyant, il s’est mis debout, le sourire aux lèvres et m’a taquiné : « alors Bakar ! tu es devenu journaliste ?» Cette parole de bonne humeur m’est allée tout droit dans le cœur. L’homme est agréable et simple en privé. La hargne et les colères en public ne seraient qu’une technique du pouvoir, qu’il réussit bien d’ailleurs (j’en parlerais dans mes prochaines tribunes, maintenant que ma plume est libérée de la gangue de la HAPA)

Après un échange sur le Sport ; notamment le Volley Ball, que nous eûmes joué ensemble dans l’Armée, il me dit de choisir un poste. Je jetais le dévolu sur la HAPA pour de raisons objectives. Mais malheureusement, au loin la vigie aura vu une sirène. Fatalement, je n’ai pas eu la culture dont je raffole, ni l’argent que les études de mes enfants exigeait. Après deux ans, je lui écrivis, exprimant mon désir de changement de poste. Je pense qu’il ne lui coûtait rien de l’ordonner. Ce sont, probablement, ses nombreuses et grandes charges nationales qui l’en ont empêché.

« Si Dieu voulait quelque chose, il en crée les causes » En effet, en septembre 2017, je devais partir à Aïoun, ma ville natale. Mal m’en pris de prendre une audience avec M. Yahya Ould Hademeine.

Premier Ministre de mon Etat et plus qu’un proche, nos ancêtres ayant partagé, depuis des siècles, « L’eau et la parenté », je l’ai approché pour lui dire que j’étais prêt à lui prêter main forte dans les projets stratégiques du Président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Au cours de notre discussion, qui s’est passée dans une ambiance aussi sérieuse que bonne enfant, je lui ai demandé une mutation, « pour me départir du devoir de réserve dû à la HAPA », arguait- je. Le sourire aux lèvres, il me répondit : « j’irai de ce pas dire au Président de te t’attribuer un poste qui te laisse les coudées franches ». Restée lettre morte, la promesse ressemblerait plutôt à la raillerie. Une année après, le Premier Ministre promeut la désignation d’une autre personne et me pousse à la sortie expliquant que je ne voulais pas du poste. Il ne devait pas y avoir de quiproquo : je n’ai pas demandé à être déchargé des hautes fonctions dont le Président m’a fait l’honneur de me confier. C’est une décision unilatérale que je pouvais prendre à tout instant, de façon souveraine avec un effet immédiat. Je n’ai pas besoin qu’on la prenne à ma place. L’audace j’en aurais à revendre.

Qu’est ce qui urgeait à me faire remplacer de façon cavalière. Fut- ce par Alain Gresh ou Hasnane Haykel ! Pour quoi me vouer à la déchéance immédiate ? Pourquoi devrai-je céder mon bureau à quelqu’un d’autre et aller chercher un coin pour y mettre ma bibliothèque et recréer un nouveau cadre de travail dans mon appartement ? Tandis que la reconduction à la HAPA est consacrée par l’usage. Tous ceux qui sont passés ont profité immanquablement de deux mandats. Pourquoi pas moi ?

A qui profite un tel fait ?… Eh bien, j’ai trouvé ! Des détracteurs qui nous sont communs sont en train de sabler le champagne. Décidément, les « Chregmen » perdent toujours la mise ! Par, dit-on, candeur congénitale.

L’oubli et la négligence dont fait preuve O. Hademine vis-à-vis de moi seraient dus à ses mauvaises relations avec mon cousin, le très brillant général Mesgharou. Nous ne sommes pas seulement des cousins. Nos deux pères ont la même mère. Une femme légendaire. Mais fallait-il aux deux hommes bien formés, voisins et alliés traditionnels de s’exhausser et fumer le calumet de la Paix, à la grande satisfaction des leurs ? L’Etat est vaste et toustle monde peut soutenir Ould Abdel Aziz sans heurt ni malheur.

Le rejet de notre famille par Ould Hademine n’est pas nouveau : déjà dans les années quatre vingt, étant directeur de la SAFA, il a refusé que mon grand frère M’hammada prenne service en tant que comptable, pourtant choisi à ce poste, par le Point Central.

A l’heure de la Mondialisation, au moment où les alentours de la primature prennent des allures futuristes, les fables de la Fontaine ne devaient pas avoir leur place. Quand même pas « le loup et l’agneau ».

Presque à l’unanimité les Oulad Nasser trouvent qu’il entretient une « nassérophobie » manifeste. Bien des signes trompent cet état morbide. A titre d’exemple Sidi O Ahmed Deya, le grand père des petits- fils d’O. Hademine, et moi sommes peut-être les seuls n’ayant pas bénéficié d’un deuxième mandat. Le septuagénaire intègre et loyal a été remercié après son premier mandat de PCA, à sa grande stupeur. Détaché de la matière, Sidi avait tout simplement dit : « Je n’en fais rien».

Son message à cet ensemble tribal du Hodh occidental est clair. Je suis tout au moins représentatif des Oulad Nasser. Issue de père en fils des familles princières Nasser, ce sont mes deux grands pères Bohdel O. Mhamed al Hammad et Bohdel O. Amar O. Chbeichib, qui, avec l’Emir des idow’ich, Amar O. Mohamed Min Khouna, dont je suis aussi l’arrière petit- fils, ont mené l’expédition punitive entreprise, en 1721, par Henoune Labeidi, Sultan des O. Mbarek contre les Oulad Bouvayda, alors puissante dominante du Hodh. Depuis lors, ma famille détient le grand tambour des Oulad Bouvayda. Plus particulièrement ma famille respecte les Laghlal leur vouant un amour quasi-fusionnel. Qu’avons-nous fait pour O. Hademine pour qu’il nous foule du pied. Gouverner ce n’est pas piétiner.

Prochainement, dans « Les dauphins et les requins de Aziz« , je croquerai le portrait des dauphins dont on parle. Pour rendre service à O. Hademine, je lui dirais le bien et le mal qu’on pense de lui. Sachant que les cadres mauritaniens abhorrent les conseils. Même en Occident, les objecteurs de conscience ne sont pas prisés. Craignant la dérive monarchique et la mégalomanie, César amena à ses cotés un bouffon et lui ordonna de venir tous les matins lui dire : « César, vous n’êtes qu’un humain ». Très tôt le quidam reçut une gifle magistrale.

Pas trop choqué à perdre mon humeur, j’allais dire mon latin, mon histoire avec mon parent, le Premier Ministre ressemblerait, au mieux, à cette anecdote : un jour un disciple envoya du zrig à son marabout pour le lui bénir ; croyant qu’il s’agissait d’une offrande à lui adressée, le cheikh siffla le contenu de la calebasse. L’homme de s’écrier : « Alvalli ne m’a pas entendu ! » Bref. Ma plume maintenant libérée, je retourne à ma passion, l’écriture. Prochainement, je publierais :

• Les dauphins et les requins de Aziz : une succession entrouverte

• La Mauritanie est-elle le pays des incertitudes ? Citoyenneté et dynamiques identitaires

• Notre armée et la nomination des Généraux.

• Aziz pouvait-il mieux faire ? Chances et malchances d’un régime

• Les riches et les pauvres en Mauritanie : David contre Goliath ?

• Les conseils régionaux : Ressources et clivages sociaux

• Je ne regrette pas outre mesure avoir quitté la HAPA. Pour moi, c’est désormais, le verbe happer au passé simple.

Brahim Ould Bakar Ould Sneib’t Val

Auteur et doctorant en Science Politique.

via cridem

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