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Interview avec Sukaabe O N’Gthèye, grand artiste : « J’ai été sévèrement négligé par l’Etat »

Interview avec Sukaabe O N’Gthèye, grand artiste : « J’ai été sévèrement négligé par l’Etat »Journal Le Terroir – Il a représenté la Mauritanie dans toutes les grandes manifestations culturelles internationales. Il fait l’Allemagne, le Nigéria, le Kenya, la Guinée Conakry, le Sénégal, la Yougoslavie. Souaabe O N’Gthèye est ce jeune Mauritanien qui a dansé l’âge très jeune u Congrès d’Aleg de 1958.

On peut donc dire que c’est un survivant du Congrès. Il a l’art dans le sang. A Tantane, venus couvrir la visite du ministre de l’Economie et des Finances ; Mokhtar O Diaye et celle de Mohamed Abdallahi O Oudaa, ministre de l’Equipement et des Transports, il a accepté de nous accorder une interview au domicile de l’émir.

Le Terroir : nous sommes avec le grand artiste Mauriatanien, Sukaabe O Nthèye. Vous avez fait le tour du monde pour promouvoir la culture Mauriatanienne, quel est votre premier mot à l’endroit de nos lecteurs, Sukaabe ?

Sukaabe O Ngthèye : Mon premier mot, est de me faire connaître auprès des gens. Comme vous l’avez dit, je m’appelle Soukaabe O N’Gthèye, ma mère répond au nom de Mounina Mint Aleya. J’ai fait des études qui ne sont pas très poussées. J’ai quand même fait le concours d’entrée en 6ème à Maghta Lahjar, tu as compris ; A cause de la culture et du monde artistique, j’ai été dans l’incapacité de poursuivre mes études. J’ai travaillé dans les ambassades de Mauritanie.

Le Terroir : A 14 ans déjà, c’est l’Etat qui a gâté vos études, comment ?

Sukaabe : En quelque sorte, puisque dès qu’un festival est annoncé quelque part sur la planète, on m’appelle pour participer dans ses activités. J’ai fais le Festival mondial de l’Allemagne, sans savoir exactement en quelle année, le festival mondial du Kenya, le festival mondial de jeunesse en Algérie, le festival de Yougoslavie et j’ai participé à plusieurs évènements culturels.

J’ai fait une formation musicale en Guinée comme batteur et je suis sorti avec une félicitation de mes professeurs. Et mon formateur avait émis le souhait de me revoir vingt ans après sur la batterie pour me décerner le nom de meilleur batteur de jazz. Je leurs ai répondu, mes professeurs vous vous moquez de moi. Ils me rétorquent, non, non ; vous avez un avenir prometteur dans l’art.

Le Terroir : c’était en quelle année ?

Sukaabe : C’était en 1967-1968.

Le Terroir : Je n’étais pas né en ce moment.

Sukaabe : Rires, ça donc ; c’est avant ta naissance ! Moi, j’ai dansé au Congrès d’Aleg en 1958, j’avais seulement 12 ans. Si je me rappelle bien, il y’avait un membre de la délégation française qui m’a donné 500 ou 1000 francs si j’ai bonne mémoire. On me considérait comme le meilleur danseur de l’époque, un tout petit bambin devant ce grand public, avec un boubou qui n’est pas très long (rires..), mais quand même un boubou avec un pantalon (rires).

Le Terroir : vous avez travaillé dans plusieurs départements différents, lesquels ?

Sukaabe : J’ai commencé à travailler au ministère de l’intérieur, précisément au niveau des archives. J’étais archiviste. Ensuite j’ai travaillé au ministère des affaires étrangères qui m’a envoyé à l’ambassade de Dakar en qualité de chargé de la Chancellerie.

C’est de là bas que je suis parti e, Guinée pour faire une formation musicale. Je suis aussi resté auprès de l’orchestre national qui dépend du ministère de la culture et de la jeunesse pendant quelques années, après je suis revenu. J’ai quitté pour travailler dans les entreprises, dans plusieurs d’entre elles. Notamment à l’ »Etancheté Maurice Callet » ; « Kowetienne de Bulding », à l’OMVS dans la documentation en résidence à Saint-Louis, et à la SNIM, toujours dans la documentation.

On m’a détaché ensuite au service des accueils. Un jour on m’a convoqué pour subir une formation comme tourneur qui fabrique les pièces détachés des trains. Et j’ai dit que je n’ai jamais vu un artiste qui fabrique les pièces d’un train, avec des fers en plus.

Ça me fait peur tout ça ! Travailler dans ces trains pour moi est impossible. Le DG a insisté pour que je fasse cette formation ou je quitte. J’ai opté en faveur de la seconde option. Depuis que j’ai quitté la SNIM, j’ai été oublié par l’Etat.

Le Terroir : Et vous êtes maintenant à la retraite ?

Sukaabe : si je suis à la retraite sans l’être car je ne bénéficie pas des droits s’y attachant

Le Terroir : Vous ne percevez pas de pension actuellement ?

Sukaabe : Rien du tout. J’ai été sévèrement négligé par l’Etat et par les Mauritaniens

Le Terroir : vous n’avez pas entamé des démarches administratives pour obtenir une pension de retraite ?

Sukaabe : je ne peux pas, je suis vieux et père d’une grande famille, des enfants, de petits enfant bien que je détiens par devers moi, toutes les pièces administratives et légales pour faire valoir cette pension. Je peux te les montrer ! Tu as compris monsieur jules. Je dispose, Alhamdoulillah, neuf enfants. Des petits, personne n’est au courant de ça. Actuellement, je ne sais pas quoi faire, ni comment.

Le Terroir : Et maintenant, que comptez-vous faire ?

Sukaabe : je lance un appel au président de la république, Mohamed O Abdel Aziz, Raîss el Voukara (président des pauvres), et je lui exprime mon soutien ardent pour me venir en aide et resoudre mon problème et penser à ma famille, mes petits enfants. Heureusement que je suis avec certaines personnes qui sont très généreuses et qui travaillent avec lui nuit et jour sinon j’avais quitté la Mauritanie depuis !

je veux que le Raîss sache que j’ai été fonctionnaire qui rendu un grand service à la nation, je suis griot en plus et je suis dans une situation déplorable. Qu’il soit conscient de ça. Un appel qui s’adresse également à tous les Mauritaniens dont la générosité est exemplaire.

Le Terroir : votre dernier mot ?

Sukaabe : je veux que tous les Mauritaniens soient sensibles à mon problème d’où qu’ils lisent ou entendent ce cri du cœur pour me venir en aide. Je m’appelle Sukaabe O N’Gthèye, mon père s’appelle Sidi O N’Gthèye et ma mère répond au nom de Mounine Mint Eleya. Et mon numéro de téléphone est le 46 85 85 59 et j’habite à Chegar et je ne mérite pas ce malheureux sort quand même ! Les larmes jaillissent des yeux du septuagénaire.

Propos recueillis par Daouda Abdoul Kader DIOP.

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