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Sidahmed Khlil: Au decollage de Nouakchott

 

Au moment où décollait l’avion, par une belle nuit calme, j’ai regardé du haut du ciel les lumières de la ville. J’ai ressenti un profond sentiment d’amour pour mon pays et tout mon esprit fut envahi par la figure du poète qui m’a accueilli, guidé et orienté dans Nouakchott durant tout mon séjour : Bekaye Samba. J’ai pensé à ce qu’il a cherché à me faire comprendre dans sa parole poétique et dans sa force d’humanité, à savoir que la politique est l’art de rêver un nouveau monde possible et d’imaginer les moyens de le construire.Ce fut sans doute là la plus belle leçon de ma saison à Nouakchott,manifestement.
Tout au long de mon séjour dans la capitale, j’entrepris d’en discuter avec les étudiants, avec les membres de la société civile, avec les écrivains et les artistes ainsi qu’avec les représentants de ce que l’on a coutume d’appeler le petit peuple.Tous les échanges aboutirent à des conclusions indubitables à mes yeux indubitables : la tendance la plus lourde qui se dégage sur le changement politique en Mauritanie est la tendance du doute sur la capacité de l’ordre politique actuel, dans sa configuration globale,de changer profondément et positivement la Mauritanie.Une question revient très :

Faut-il une nouvelle classe politique en MAURITANIE?
Tout simplement ,Allah yester .
L’un des caractères communs aux mauritaniens est le narcissisme. Le Mauritanien, de façon générale, a une très haute opinion de lui-même. C’est ainsi qu’en même temps qu’il a du mal à reconnaître les mérites de l’autre, il ne sait pas non plus se fixer des limites dans la quête de son mieux-être. Etant convaincu qu’il est le meilleur sur tous les plans, ses ambitions vont ainsi au-delà de ses capacités d’action, au point de marcher sur les plates-bandes des autres.
Son comportement autolâtre, assez cynique, le conduit à causer du tort et à nuire à l’épanouissement humano-social de l’autre. Les hommes politiques mauritaniens en font, eux, la meilleure démonstration.
En effet, le politique Mauritanien pense que ses idées sont les meilleures et qu’elles doivent être prises en compte par toutes les intelligences de notre pays. Il a tendance à tout faire à sa guise, selon ses choix, selon ses mensurations. Les autres n’ont rien à y ajouter ou encore, quand il concède à leur accorder la liberté d’expression, c’est juste comme pour leur tirer les vers du nez, les pousser à se dévoiler et, par la suite, dans la plupart des cas, se les mettre à dos, parce-que ces personnes ont eu l’audace de concevoir et exprimer des idées contraires aux siennes. Des idées qui enfreignent ou rendent plus contraignantes la réalisation de certains de ses plans abjects dont lui seul tire un profit réel.
Le politique mauritanien accepte difficilement de donner libre cours à cet antagonisme dans les idées qui, en fait, n’est pas méchant, mais peut par contre élargir et enrichir notre conception de la construction et du développement de la société. La multiplicité des idées n’a jamais été nuisible, lorsqu’on l’accepte avec bon sens, avec objectivité. Il suffit juste de travailler à recadrer ces idées, dès l’instant qu’elles s’avèrent être assez éparses, sans aucune architecture, sans organisation, manquant tant soit peu de fondement idéologique capables de les mettre en mouvement et les soutenir dans le temps. Nul n’ignore que ce n’est que dans la contradiction, dans la complexité des idées que le monde s’est créé, que les Nations se sont construites. Vu que personne ne possède la science infuse, l’on ne peut prétendre, sans apport extérieur, élaborer et exploiter des stratégies de développement de notre pays.
Les hommes politiques de notre pays devraient accepter la contradiction, bien entendu celle qui apporte une plus-value à la l’édification du pays. Ce n’est pas cette contradiction issue de certaines considérations subjectives. Tout homme d’Etat digne de ce nom, conscient de la mission noble qui lui incombe de travailler et veiller à la bonne marche du pays, devrait accepter l’antinomie dans le sens de la complémentarité, car aucun être humain ne se suffit à lui-même.
Malheureusement, les différentes tendances de la classe politique mauritanienne, dans leur quasi-totalité, sont envahies par le syndrome de l’autosatisfaction de soi. Ce qui prime pour ces politiciens embrumés par leurs ambitions, c’est qu’ils soient eux-mêmes satisfaits et réalisent leurs plans. C’est fort dommage, car peut-on dire qu’avec ces procédés, l’on puisse construire un pays, une Nation forte?
Voilà pourquoi nous pensons qu’il s’agit là de la première erreur de nos politiques, qui, nous ne le dirons jamais assez, ne pensent pas au bien-être communautaire, mais à leurs intérêts avant tout. Eux avant et les autres après, la Mauritanie après. Tout pour eux et rien, sinon les restes pour les autres.
Ils parlent, tous, au nom de l’intérêt national. Certains d’entre eux, se disant patriotes, dissimulent en fait leurs desseins vils et attendent le moment idéal, pour sortir leur grand jeu.
Ensuite, le système politique qu’est la démocratie que nous avons adoptée et que nous essayons d’adapter à nos réalités ne nous a pas aidés à changer notre compréhension de la gestion du pays, du bien public. Bien au contraire, ce système n’a fait qu’accentuer notre égoïsme et aider à justifier notre soif de pouvoir. La démocratie avec son multipartisme et son libéralisme économique a donné les moyens aux politiciens mal intentionnés, pour réfléchir et asseoir leurs projets inadéquats à la bonne gouvernance de la Mauritanie.
Il sied de relever que tous les hommes politiques mauritaniens ne sont pas à stigmatiser. Seulement, la classe politique mauritanienne, dans son ensemble, est mal en point. En examinant de plus près cette classe politique, il est important de distinguer les différentes catégories qui existent en son sein. C’est ainsi qu’en premier lieu, nous avons:
- Les radicaux:
Ils sont le plus souvent intransigeants dans leurs prises de position. Ils ne veulent écouter que l’écho de leur propre voix. Ils se considèrent comme les seules lumières de la Mauritanie . Ainsi, il faut prêter attention et se plier à toutes leurs exigences. Il n’y a pas de négociations possibles avec eux, autrement, ils doivent être les maîtres du débat. Ils se cramponnent à leurs idées radicales de la gestion étatique, non pas parce qu’ils pensent avoir raison, mais parce-que c’est la seule façon, pour eux, non seulement de museler ceux qui leur tiennent tête mais aussi, un moyen d’atteindre leurs objectifs. Le rejet des autres étant l’une de leurs nombreuses pratiques, ils ont trouvé une astuce des plus préjudiciables qui est celle de contenter leurs intérêts, en faisant prévaloir l’appartenance à une quelconque ethnie, tribu ou à quelques cercles réservés à ceux qui y sont initiés. Ils peinent à accepter la différence. De ce fait, ils ont créé des lignes de démarcation à différents stades de la gestion de l’Etat:
- Les inconstants:
Pour la plupart, ils n’ont aucune base idéologique et donc, ils sont sans conviction politique. Leurs propos ne tiennent qu’au rythme dont ils servent ou que leurs intérêts sont servis. Leurs discours sont empreints de beaucoup de confusion. Pour un oui, ils sont à droite, pour un non ils sont à gauche. Ils virevoltent entre ceux qui, à l’instant, les aident à assouvir leurs besoins. Ils ne vivent qu’aux dépens du profit, notamment matériel, qu’ils peuvent tirer ici et là. En fait, pour eux, les mots majorité présidentielle et opposition ne sont que des faire-valoir contextuel. En tant que leader de ce type d’hommes politiques, l’on ne peut se hasarder à jurer sur leur intégrité, leur fidélité. Ils ne sont pas fiables au point de soutenir une quelconque action ou démarche politique qui ne leur est en rien bénéfique.
- Les neutres:
Ceux-là qui disent n’être d’aucun camp. Ces fameux observateurs, semble-t-il, de la vie politique de notre pays qui, en réalité, pour des raisons stratégiques, ne veulent pas se mettre en avant. Ils se dérobent de leurs obligations face à la Nation, en évitant de donner leurs opinions clairement et conséquemment. Ce sont des conformistes qui préfèrent se préserver, afin de ne pas mettre à mal leurs intérêts. N’est-ce pas qu’est sournois celui qui dit se définir d’aucun courant, s’identifier à aucune idéologie et n’avoir aucune position à afficher sur l’état de la Nation, car, même cette attitude est l’expression de ce que l’on pense et de ce que l’on est réellement. Cette catégorie est quelque peu amorphe, puisqu’elle n’a pour seule préoccupation que la prise en compte de sa subsistance et ne contribue dûment pas au progrès de la Mauritanie.
A moins d’être mort, tout être humain ayant toutes ses facultés mentales a toujours un point de vue sur un sujet quelconque, combien même il ne l’extériorise pas.
- les centristes:
Ils se considèrent comme des modérés et bataillent pour l’équilibre entre les différents courants politiques. Pourtant, il est invraisemblable de se constituer en juste milieu dans le jeu politique, quand on a des idées à défendre et que l’on effectue, même involontairement, des calculs personnels. De surcroît, lorsqu’il il n’est pas toujours gagné de convaincre et de faire passer aisément ces idées. Donc, de là à faire croire que l’on est conciliant sur toutes les questions, il y a de quoi être dubitatif. Ainsi, nous pensons que même dans leur sens de la justice, ils ont d’une manière ou d’une autre des schémas qui leurs sont propres. Leur théorie est assez mitigée.
- Les opportunistes:
On dirait mieux les malicieux. Ils veulent impressionner par leurs engagements pour telle ou telle autre cause nationale, alors qu’en réalité, comme pour tous les autres, ce n’est qu’une autre manière égoïste de se mettre à l’abri du besoin, de protéger leurs avoirs. Ils veulent plaire par leur militantisme, leurs discours de propagandistes, tout en étant, eux-mêmes, sceptiques sur la rationalité, la véracité de leurs élucubrations. Prêts à plonger le peuple entier dans la tourmente d’un contexte sociopolitique confus. Ils ne s’en gênent pas, dès lors que leurs équations erronées les confortent et les font croire, utopiquement d’ailleurs, que leurs arrières sont assurées même précairement. Le philosophe grec, Platon, disait: «Les malicieux ont l’âme petite, mais la vue perçante». Pourtant, nos dirigeants, quoiqu’ils se soient toujours voilés la face, au fil du temps, à chaque époque, se sont construit des châteaux de sable, pour avoir berné le peuple et usurpé le bien public.
Conclusion
Après cette analyse, peut-être non exhaustive du comportement des acteurs de la classe politique mauritanienne, faut-il conclure qu’il n’existe pas d’hommes politiques dignes de ce nom dans notre pays?
Nous pensons que ce serait exagérer, dépréciatif et même vexatoire d’affirmer cela. Bien qu’étant devenu une denrée rare, il doit quand même y avoir quelques politiques qui rassurent et peuvent mettre en confiance le peuple, par rapport à ses lendemains. Ces hommes qui, sans être parfaits, sont prêts à hypothéquer leurs désidératas, à se sacrifier avec l’abnégation la plus effective, au nom de l’intérêt national. Ces hommes disposés à se mettre inconditionnellement au service du peuple dont ils font partie eux-mêmes et les leurs. Des hommes comme ceux qu’a connus notre pays, juste après les indépendances.
Cependant, il n’est pas question de se fourvoyer, même si l’on trouve encore cette qualité d’hommes politiques, le système de gestion actuel est littéralement gangréné et a fini par montrer ses limites. Il est rouillé à un niveau tel que l’homme d’Etat le plus expérimenté, avec la banque d’idées la plus riche et la plus performante, excellera difficilement. Son environnement étant pollué d’arrivistes, d’opportunistes et d’anarchistes, il peinera à matérialiser ses ambitions les plus saines et les plus productives pour la Mauritanie.
D’où les questions suivantes: faut-il une nouvelle classe politique, car celle qui existe a donné toutes les preuves de ses faiblesses? Faut-il que, dans les jours à venir, la gestion étatique relève de la responsabilité des technocrates, parce que les politiques ont pour ainsi dire plus ou moins échoué?
Ce dont nous sommes sûrs, c’est que la politisation de l’outil étatique est l’une des causes fondamentales de cet état plus ou moins comateux dans lequel se trouve notre cher pays. Pour ce faire, nous disons à nos politiciens que l’heure est venue, pour eux, d’être honnêtes avec eux-mêmes, mais surtout avec le peuple dont ils se réclament être les défenseurs. Que ceux de la majorité présidentielle et ceux de l’opposition arrêtent de se culpabiliser et de se déculpabiliser les uns les autres, comme si parmi eux, il y a ceux qui sont sans fautes. Que tous lèvent leurs mains pour les montrer au peuple, comme si elles étaient sans tâches. Ils se connaissent, notamment les têtes d’affiches de certaines plateformes et savent exactement ce dont ils s’incriminent à tour de rôle. Même ce qu’ils projettent de faire dans un avenir proche les accuse déjà et entache, de façon prémonitoire, leurs parcours.
Aussi, en portant un regard sur l’actualité nationale et du fait que l’intégrité est une valeur rarissime de nos jours, que ceux qui tiennent tant à aller au dialogue inclusif, transcendent leurs égos. Pour les uns, dans leur opulence qu’ils fassent preuve d’humilité et, pour les autres, dans leur dénuement, qu’ils soient désintéressés et patients.
Evidemment, le fait de ne s’attarder qu’à ce qui touche à la personnalité d’un individu rabaisse le débat, en lui faisant perdre de sa particularité, de sa pertinence et éloigne ainsi des objectifs que l’on s’est assigné. Que les politiques se le tiennent pour dit: l’histoire de la Mauritanie n’est pas l’histoire d’un seul homme dans ses contours positifs ou négatifs. Tous sont responsables. Qu’ils aillent débattre, en faisant tant soit peu table rase de leurs préjugés, pour une approche cohérente et des résolutions conséquentes. Que les divergences d’opinions qui les opposent présentement se soldent par des accords consensuels à l’avantage du plus grand nombre.
Enfin, qu’ils retiennent que cette fois-ci, ils devront assumer les conclusions auxquelles ils aboutiront, car l’histoire les jugera tous sans exception. Qu’ils retiennent que ce qu’ils critiquent chez les autres n’est que le reflet de ce qui les condamne eux-mêmes. La critique est bonne, mais l’autocritique préférable. N’est-ce pas, comme l’a dit le comédien et dramaturge français, Philippe Néricault, «la critique est aisée, mais l’art difficile»? Faut-il une nouvelle classe politique en MAURITANIE?

Sidahmed Khlil

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