Mohamed Saleck Ould Heyine à propos du tourisme saharien.

Tourisme en MauritanieL’expérience que nous évoquerons est limitée au tourisme saharien. Elle implique un acteur central et sa monture : Le nomade et son chameau.  Ce nomade habitant de le « terre des hommes »est tout culture et caractère. Son questionnement est éminemment philosophique mais ces réponses sont simples.

De la grandeur de la nature qui l’entoure, il déduit logiquement celle du créateur.  Il a foi en Dieu, Unique,  Clément et Miséricordieux.

Son culte est portable et exerçable sans préalable ; La terre est sa mosquée ; Il entre dans sa prière par « Dieu est grand » et termine par « paix à tous » et sa méditation est permanente.

Son hospitalité est légendaire.  Elle est l’aune à laquelle se mesure son honneur et celui des siens. il la pratique, étant simultanément, hôte et invité pour servir et se sentir à la hauteur.

Il a apprivoisé l’animal idéal à son milieu. Le chameau avec lequel il a tissé une relation de  complicité pour utiliser ses capacités jusqu’à  la  limite, sans jamais atteindre le point de rupture : Une synchronisation réelle des rythmes, s’opère entre les deux.

Dans leur errance apparente, il y’ a, en fait, une logique plutôt déductive. Elle est la résultante de l’intelligence humaine et de l’instinct du compagnon animal. Ils réalisent un compromis entre ce qu’ils ressentent tous les deux et ce « dialogue » merveilleux entre l’homme et son animal donne un tracé d’errance, de transhumance de nomadisme optimisé.

Dans leur « choura » éminemment démocratique, ils réalisent l’équilibre que permettent les ressources existantes, les forces restantes et les perspectives que l’espérance religieuse lui dicte.

La transhumance qu’ils pratiquent n’est pas une fuite en avant, moins encore un abandon de la dureté. Elle est un affrontement, une course vers l’obstacle, une volonté ferme de faire face au désert pour s’en rendre « maitre et possesseur » avec l’aide d’Allah.

Ce nomadisme est léger, mobilité oblige. Sa « maison »  est transportable et facilement dressable.

Ces meubles sont remarquablement utilitaires et le superflu, n’a pas de place, quand il se déplace.

Sa tenue vestimentaire est serrée quand il est en action, plus ample, parfois majestueuse quand il est au repos ou en cérémonie.

Son comportement est toute déférence à l’égard de ses chefs et ses ainés, inspirant respect.  Quand il s’agit des jeunes, il est d’une grande pudeur.

C’est ce nomade que nous avons mis en contact avec le touriste étranger. Nous nous sommes attachés à lui « cibler », comme on dit dans le jargon marketing, le touriste qu’il mérite.

Celui qui, une fois évadé de sa fourmilière urbaine et lancé en plein désert, serait suffisamment préparé  à ce brusque élargissement d’horizon, découvrirait spontanément les gestes d’un ami des hommes, discipliné qu’il est par les exigences  du principe du respect des autres.

Nous le faisons de tout cœur pour un homme de cœur, pour lui permettre de garder son authenticité, source de force et de fierté.

C’est donc pour ce nomade et par ce nomade que le tourisme se fera. Il restera à hauteur d’un homme, de cet homme simple et attachant. En tout cas, c’est notre souhait.

Le tourisme c’est cet attrait qu’exerce, sur les hommes, un patrimoine, au sens large du terme, fait d’histoire, de mode de vie et de paysages. Il est aussi, manière d’exploiter le patrimoine pour améliorer les conditions de vie des populations concernées.

C’est cette problématique : patrimoine et développement économique,   que nous traiterons, dans les limites, de temps et d’espaces, imposées.

Nous évoquerons brièvement, le tourisme international, son volume et ses ressorts.  Nous parlerons ensuite des prédispositions historiques de la Mauritanie au contact avec l’étranger.  Son offre potentielle et sa faisabilité. Nous livrerons l’expérience touristique de la SOMASERT et les enseignements qu’on peut en tirer.

(Extrait d’une conférence présentée, lors  du colloque international « le patrimoine culturel mauritanien», organisé à Nouakchott les 29, 3o novembre,  1er décembre 1999.)

 

 

 

 

 

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