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Mauritanie : les lacunes impardonnables du rapport de Human Rights Watch 2018

Mauritanie : les lacunes impardonnables du rapport de Human Rights Watch 2018Plus d’un maure qui lira ce rapport sera frappé par la subtile volonté d’étouffer les séquelles de l’esclavage en milieu négro-mauritanien et le rôle déterminant de bien des maures dans la lutte pour les droits de l’homme en Mauritanie. Ainsi, il y a tromperie dès le début rien qu’en présentant la Mauritanie comme un état composé de 3 groupes ethniques selon leurs propres mots : les beydanes descendants des conquérants arabes et berbères, les hratines et les négro-mauritaniens surtout quand les auteurs du rapport précisent que les hratines sont les descendants d’esclaves car cela laisse entendre que c’est homogène chez les négro-mauritaniens ; il n’y aurait pas aussi de nombreux descendants d’esclaves qui souffrent tout autant des séquelles de l’esclavage.
Cette fausse grille de lecture n’a que trop duré sachant que rien que ce mois un sanglant accrochage a eu lieu dans la communauté soninké à propos de descendants d’esclaves quasiment lynchés. Les photos circulent, les uns en sang, les autres le crâne tailladé par des anciens maîtres lors d’un mariage qui a mal tourné.  Les uns parlent des cimetières réservés aux descendants d’esclaves, les autres crient que les descendants d’esclaves n’ont pas le droit de diriger la prière en présence des nobles. 
Human Rights Watch présent à Nouakchott pour son rapport 2018 ne pouvait ignorer ces événements. La presse et les réseaux sociaux sont pleins de revendications et de témoignages de ces mouvements négro-mauritaniens pour dénoncer l’omerta à propos  des séquelles de l’esclavage encore vivaces en milieu négro-mauritanien.
Abdarahmane Ngaide

Abdarahmane Ngaide
D’ailleurs, en un clic, HRW pourrait mettre la main sur les travaux de chercheurs négro-mauritaniens qui font état de l’articulation de cette condition servile mais cela ne les intéresse visiblement pas car ce serait trop compliqué à nuancer dans un rapport. Le plus simple est de continuer à minimiser ce qui se passe chez les négro-mauritaniens car c’est plus discret tout le monde étant noir.

http://chezvlane.blogspot.com/2016/06/kaedi-capitale-de-lesclavage-domestique.html?q=esclavages+ka%C3%A9di

Ainsi, pas une fois, pas une ligne pas un mot pour dire cela noir sur blanc mais vu que c’est trop gros de le taire, les auteurs du rapport trouvent une sournoise pirouette sur le dos des autres et écrivent « Il convient de noter que les Beydanes n’étaient pas tous propriétaires d’esclaves et qu’ils n’étaient pas non plus le seul groupe ethnique en Mauritanie à pratiquer l’esclavage ». Là encore, il faut éviter que le mot négro-mauritanien ne soit associé à l’esclavage même négro-mauritanien.
Ensuite, il faut être un peu sérieux quand on donne des chiffres sinon il faut s’abstenir : d’où sortent les 70% de maures blancs et noirs et 30% de négro-mauritaniens ?  Vaut mieux dire que l’état refuse toutes statistiques à ce sujet comme on en trouve aux USA sachant qu’en France c’est interdit sauf qu’il faut préciser que ce régime a mis fin à la discrimination positive concernant les hratines qui existait jusque-là, donnant ainsi des arguments aux mouvements radicaux hratines qui n’ont rien à envier à leurs homologues beydanes d’extrême droite bien représentés sous ce régime ou négro-mauritaniens tout aussi radicaux.
De plus comment expliquer l’affaire mkheitir en trahissant son combat, les raisons du lynchage à tous les étages de la république en omettant de parler des premiers acteurs de cette affaire à savoir les « zwayas » ? Les auteurs du rapport les ont remplacés par « les mauritaniens qui disent…»

 

Mohamed Ould Moïne

Mohamed Ould Moïne
Toujours pour mettre en avant les négro-mauritaniens, comment peut-on parler de l’affaire Mkheitir en ne citant que la brave Fatima Mbaye et en oubliant l’incontournable maître Mohamed Ould Moïne qui a subi toutes les pressions, étant lui-même Zaoui, Mkheitir étant de sa tribu, ayant été sur tous les fronts à la télévision en arabe là où la guerre se mène car cette affaire est une affaire au cœur de la communauté maure ? Encore s’il ne parlait pas français mais il est bilingue, comment ne pas dire un mot de lui ? Ce n’est pas sérieux. On sent que les auteurs ont été influencés par des contacts qui n’aiment pas maître Moïne car son côté flamboyant ne leur revient pas même s’il a fait un excellent travail.
Mekfoula Mint Brahim

Mekfoula Mint Brahim
De même peut-on parler sérieusement des défenseurs des droits de l’homme en Mauritanie sans parler de l’activiste mauresque Mekfoula Mint Brahim ? Sachant que deux hommes ont été récemment arrêtés car ils projetaient de l’assassiner à cause de ses positions courageuses à propos de Mkheitir et du droit des femmes. Sous prétexte que Mekfoula s’exprime en arabe, elle n’a droit à aucun honneur, pas une médaille de nos chancelleries occidentales qui en distribuent allègrement. Ce n’est pas sérieux, ce n’est pas juste.
Là encore, les auteurs ressortent encore et toujours les vieilles histoires de la brave Aminetou Mint Mocar qui fait un travail remarquable dans son rayon mais qui tient aussi parfois des propos outranciers contre le régime qui devraient normalement lui valoir quelques distances venant des diplomates accrédités en Mauritanie.

 

Mauritanie : les lacunes impardonnables du rapport de Human Rights Watch 2018
Pour le reste, même si HRW a publié à part une alerte récemment à son sujet, est-ce sérieux de terminer un rapport à présenter ce 12 février qui ne contient pas un mot à propos d’Abdallahi Ould Yali, poète hartani de talent, arrêté depuis le 24 janvier sans aucune raison officielle défendable ? Poète apprécié même des maures blancs ennemis de Birame Dah Abeid… La seule raison plausible c’est de le malmener pour le rendre méchant et radical comme ce que les services compétents ont fait avec Birame, histoire de faire peur aux maures blancs et les pousser politiquement vers le régime.

On peut excuser des petites organisations de tant de lacunes mais pas Human Rights Watch. En vérité, c’est toujours la même histoire, ces organisations…

 

 

 

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