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La directrice du CJB Sabrina Mervin accusée de « racisme »

La directrice du CJB Sabrina Mervin accusée de
Le Centre Jacques Berque (CJB) pour le développement des sciences humaines et sociales au Maroc est au centre d’une polémique. La directrice générale de cette structure ayant le statut d’Institut français de recherche à l’étranger (IFRE), placée sous la tutelle du CNRS et du Ministère français des Affaires étrangères, est accusée de « racisme » et de « harcèlement » par plusieurs de ses employés. La Dépêche a recueilli les versions des différents protagonistes.

 

Vendredi 8 septembre, une pétition signée par un « collectif de jeunes chercheurs », est diffusée sur la plateforme Change.org. Adressée au président français Emmanuel Macron, cette lettre intitulée “France – Maroc: un coopérant ne devrait pas faire ça!” accuse la directrice du CJB de faire « régner un climat de terreur en toute impunité (…) avec des relents de néocolonialisme et de racisme”.

 

Des mises à l’écart « inexpliquées »

Plusieurs collaborateurs reprochent à leur directrice des mises au placard injustifiées. Un chercheur témoigne: « Je faisais parti d’un groupe de recherche. Nous avions décroché un projet sur une durée de deux ans. J’ai participé activement au montage du projet, avant d’être mis à l’écart sans aucune justification. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que des réunions de travail liées au projet étaient organisées sans que je n’y sois convoqué, alors que j’ai été parmi les chercheurs les plus actifs depuis mon arrivée en 2010 et que j’ai participé à la mise en place de plusieurs projets de recherche, activités et conférences du CJB. »

L’ex-chercheur découvrira par la suite que son adresse e-mail reliée au CJB a été supprimée, sans préavis, alors que, dit-il, il était toujours en activité au sein du centre de recherche. « Nous étions une vingtaine de chercheurs dont les adresses électroniques ont été effacées de manière tout à fait arbitraire, sans aucune justification. Lorsque nous avons contacté l’informaticien, il nous a dit qu’il l’avait fait après en avoir reçu l’ordre de la part de la directrice. »

 

Autre chercheur démissionnaire interrogé, même scénario. Un doctorant lié par la passé au CJB assure avoir petit à petit été contraint à partir, après plusieurs mois de pression. « Quand elle est arrivée en 2015, Sabrina Mervin a écarté une grande partie des chercheurs qui travaillaient avec son prédécesseur. Parmi eux, plusieurs doctorants très actifs, qui organisent habituellement des séminaires, conférences et ateliers. J’en faisais partie. »

Des employés « renvoyés systématiquement à leurs origines »

Accusations de mauvais management, mais pas que. « Personnellement, j’ai essayé de faire fi de la mauvaise ambiance, de continuer de travailler comme si de rien n’était. Mais j’ai fini par partir. L’essentiel du travail fait par les chercheurs du CJB relève du volontariat, donc ce n’était plus possible de tenir dans une ambiance pareille”, se souvient un chercheur, amer.

 

« Il est même arrivé qu’elle insinue que j’aurais pu être un voleur. Je me rappelle également qu’elle renvoyait à chaque fois l’informaticien, qui est franco-marocain, à ses origines marocaines. Elle lui avait envoyé des mails en l’attaquant sur sa maîtrise de français, alors qu’il maîtrise parfaitement cette langue. »

 

Le témoignage anonyme d’une collaboratrice interrogée abonde dans le même sens: « J’ai vécu très longtemps en France, mais j’ai dû attendre de revenir dans mon propre pays pour vivre le racisme », nous dit-elle, désabusée. « Je suis à chaque fois renvoyée à mes origines marocaines. Les Français du centre sont toujours mieux considérés que nous. Nous ne sommes jamais écoutés. Et cela n’a pas été sans conséquences sur l’état de santé de plusieurs employés du CJB. »

 

« Son comportement et sa conduite étaient malsains. Cela visait tout autant le staff administratif que les chercheurs et doctorants marocains. Elle se comportait de manière incroyablement raciste. », rembobine un autre chercheur.

 

« Cela allait de remarques persistantes sur la maîtrise du français de ses collaborateurs, à des insultes sur leur manière de travailler », détaille un membre du CJB. « Elle a oublié que l’arabe et l’amazigh sont également des langues de recherche. Ce n’est pas parce qu’un Marocain ne maîtrise pas le français à la perfection qu’il n’est pas capable de réfléchir et de s’investir », nous dit un autre chercheur démissionnaire.

 

Des dégâts…

Sabrina Mervin, en fonction depuis septembre 2015, date à laquelle elle a succédé à Baudoin Dupret, est, selon les rédacteurs de la pétition, habituée des comportements violents à l’égard de son équipe. Des comportements qui auraient causé à certains des problèmes de santé. La pétition liste les cas de « quatre personnes passées par les services d’urgence et de réanimation des hôpitaux de Rabat ».

 

« Tout ce qui est dit dans la pétition est malheureusement vrai », confie à La Dépêche un membre de l’équipe du CJB, composée de six collaborateurs. « La secrétaire générale a fait une crise devant plusieurs témoins après avoir été violemment agressée par la directrice. Le chauffeur du centre a été victime d’une rupture d’anévrisme qui lui a laissé des séquelles à vie. Sans parler de la secrétaire, qui avait démissionné. Elle était payée 375 euros et subissait toutes sortes d’humiliations. »

 

« Je suis en situation de harcèlement continu. J’en suis malade. J’ai de temps en temps des crises d’angoisse. Cela fait deux ans que je suis sous antidépresseurs. Ça devient insupportable », raconte une membre de l’équipe qui envisage de porter plainte.

 

La directrice générale du CJB dément

Catherine Filippone, chargée d’édition du CJB, contactée dans un premier temps pour nous mettre en contact avec la directrice générale du centre, nous invite plus tard dans un e-mail à « ne pas tenir compte de cette pétition grotesque et de tout ce qui s’ensuit ».

 

« Le fonctionnaire du CJB qui a monté cette cabale contre Sabrina Mervin ne se rend pas compte qu’il met le CJB en danger. Le problème qui sévit au CJB relève tout simplement d’une question de management qui sera bientôt réglée », détaille-t-elle.

 

Contactée par La Dépêche, la directrice générale du centre a dans un premier temps refusé de s’exprimer sur les accusations à son encontre, avant de qualifier la pétition publiée à son encontre de « cabale ». « On ne m’a jamais reproché quoi que ce soit », tranche-t-elle.

 

Dimanche 10 septembre, la directrice générale du CJB s’est finalement exprimée publiquement sur l’affaire, via la page Facebook du centre de recherche. Si elle réfute les accusations de racisme, elle reconnaît néanmoins que le CJB « traverse effectivement une crise due à des problèmes sérieux au sein de l’équipe administrative dont le règlement est en cours, en interne, selon les procédures adéquates ».

 

« Je ne suis pas la seule visée. Au-delà de mon cas, c’est le Centre Jacques Berque, un bel outil de coopération entre la France et le Maroc, qui est touché et menacé », accuse-t-elle. « Touché et menacé »? Voilà qui mettra tout le monde d’accord. Car les différentes sources consultées font état d’une baisse de productivité et une diminution drastique du nombre de chercheurs associés au CJB.

Source : ladepeche.ma

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