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Reports Sans Frontières (RSF) : Série d’interpellations contre la presse en Mauritanie

Reports Sans Frontières (RSF) : Série d’interpellations contre la presse en MauritanieRSF – Pour la troisième fois en un an, des journalistes ont été arrêtés et longuement interrogés par la police mauritanienne. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une tentative des autorités de renforcer son contrôle sur la presse indépendante.

Plusieurs dirigeants des principaux médias francophones privés du pays ont été convoqués -parfois de façon musclée- dans la journée du 25 août par les forces de sécurité mauritanienne, officiellement pour des raisons “en lien avec la sécurité nationale”.

Babacar Baye Ndiaye, rédacteur en chef du site d’information Cridem et sa directrice administrative, Rella Ba; Moussa Samba Sy directeur de publication du Quotidien de Nouakchott et Jeidna Deida fondateur du site d’information Mauriweb ont été interrogés par les hommes de la Brigade des crimes économiques sur leurs liens financiers supposés avec l’opposant en exil Mohamed Ould Bouamatou.

Un quatrième journaliste, Ahmed Ould Cheikh, directeur de l’hebdomadaire Le Calame -connu pour ses éditoriaux acerbes contre le gouvernement- était également recherché mais il se trouvait en déplacement à l’étranger au moment où la police est venu l’interpeller.

Les policiers ont également interrogés les journalistes sur leurs articles évoquant le cas du sénateur Mohamed Ould Ghadde, le leader de la fronde contre la suppression du Sénat, emprisonné depuis le 11 août ou traitant de la très influente Société nationale industrielle et minière de Mauritanie (SNIM), dont les problèmes de gestion ont provoqué d’importantes grèves en 2015. Deux sujets sensibles pour les autorités mauritaniennes.

“Nous condamnons ces méthodes d’intimidation à l’encontre des médias privés en Mauritanie, déclare Reporters sans frontières. Aujourd’hui, il est impossible de critiquer l’action gouvernementale sans être accusé d’être un opposant politique. Or le rôle d’un journaliste est d’informer, ce qui revient parfois à faire entendre une voix alternative.”

Le président du Syndicat des journalistes mauritaniens, Mohamed Salem Ould Dah, qui s’est fait l’écho de la version officielle, assure que les journalistes n’ont pas été interpellés pour leurs activités professionnelles.

En revanche pour Mamadou Sy, directeur de publication du journal Eveil Hebdo, et ancien président du Regroupement de la presse mauritanienne, il s’agit bien d’une tentative de décrédibiliser la presse auprès du public: “il s’agit de faire croire que la presse ne peut survivre que de façon corrompue.

Le plus grave ici, est de montrer du doigt les journalistes pour savoir qui a écrit tel ou tel article ou quels sont les financements des journaux. C’est une atteinte à leur indépendance et à la liberté de la presse. “

La liberté de la presse avait déjà été mise à mal en la mise en février 2016, après l’application d’une directive de l’Inspection générale de l’Etat interdisant à toute administration ou entreprise publique de publier de la publicité ou de prendre un abonnement auprès des journaux de la presse indépendante.

Une mesure qui a eu pour effet d’asphyxier économiquement les médias privés, qui ont en général besoin des revenus publicitaires des structures publiques et parapubliques pour boucler leurs budgets.

En 2017, la Mauritanie occupe la 55ème place du Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le blogueur Mohamed Cheikh Ould Mohamed y est toujours détenu après avoir été condamné à mort pour blasphème, et ce malgré ses rétractations et ses excuses officielles.

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