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INTERVIEW DE KAAW TOURÉ PORTE PAROLE DES FPC AVEC LE JOURNALISTE Bakala KANE

« L’unité des forces démocratiques en Mauritanie est une préoccupation majeure des FPC »

La diaspora à l’instar des citoyens à Nouakchott et à l’intérieur du pays était dans la rue à Paris le 17 juillet dernier pour donner de la voix contre le référendum du 5 août prochain à l’appel du Front uni de l’opposition démocratique.Parmi les manifestants Kaaw Bilbassi Toure porte parole des FPC et le premier plus jeune prisonnier politique sous le régime de Ould Taya en 1986 suite à la publication du manifeste du négro-mauritanien opprimé.  Il s’est confié au journaliste et collaborateur du site Kassataya pour revenir sur le sens et la portée de la mobilisation de Paris, les relations entre FLAM et FPC, le dialogue politique entre la majorité et l’opposition dialoguiste en 2016 auquel son parti a participé et enfin l’importance et la nécessité de l’union des forces démocratiques en Mauritanie.

Question : Quel regard portez-vous après ce sit-in devant l’ambassade de Mauritanie à Paris?

Kaaw Touré: C´est un sentiment de satisfaction totale pour moi et pour tous les organisateurs de ce rassemblement à savoir le Collectif des Mauritaniens de France qui regroupe plus d´une quinzaine d´associations politiques, droits hommistes et syndicalistes de la diaspora. L´objectif a été largement atteint et la mobilisation fut à son comble et le message transmis à qui de droit. Ce rassemblement visait surtout à dénoncer la poursuite de l´enrôlement discriminatoire et surtout pour dire à vive et intelligible voix non au référendum putschiste du Général-président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Question : Pensez-vous que ces mobilisations internationales peuvent faire reculer le président Ould Aziz pour annuler le référendum?

Ce sit in rentrait dans le cadre d´une stratégie globale de l´opposition interne et externe afin d´organiser des marches simultanées partout aussi bien à Nouakchott, dans les régions internes et partout ailleurs en Europé et aux USA. La bataille de l´opinion est très importante dans toute lutte politique et il fallait aussi alerter et informer nos partenaires extérieurs sur la nature réelle de ce régime et le danger qu´il constitue pour la paix et la stabilité dans notre pays et dans toute la sous région. A l´intérieur la mobilisation fut un succès gigantesque. Les Mauritaniens dans leur majorité ont répondu massivement à l´appel de l´opposition démocratique et ont prouvé le rejet et l´impopularité de ce projet anti-constitutionnel et putschiste du régime en place.

Question : Les FPC ont-elles des relations avec les FLAM? Si Oui, qu’est ce qui bloque pour une synergie contre le pouvoir en place?

Formellement non, mais les relations fraternelles et militantes demeurent entre les camarades. Ce qui nous unit est plus important que nos petits désaccords stratégiques. Nous avons cheminé plus de 30 ans ensemble, nous avons enduré les souffrances de prison et les affres de l´exil ensemble donc aucune divergence politique ne devait créer des animosités entre nous. Nous ne désespérons, un jour, des retrouvailles de la grande famille flamiste ensemble dans un seul cadre de lutte et quand je dis la grande famille je pense à toute la mouvance flamiste des années de braise jusqu´à nos jours.

Les FPC ne sont pas toujours reconnues par Nouakchott . Comment vivez-vous cette situation sur la scène politique nationale? Est ce qu’aujourd’hui les partis négro-mauritaniens sont mûrs pour se rassembler?

L´Etat mauritanien a violé lui – même la loi sur des partis politiques en refusant de nous reconnaitre arbitrairement alors que nous avons réuni toutes les conditions exigées par la loi pour être reconnues. Notre parti est composé de Mauritaniens issus de toutes nos entités ethniques donc on ne peut nous accuser de sectarisme. Notre discours est rassembleur et prône une unité, une équité et une égalité entre tous les fils de la Mauritanie, donc on ne peut nous accuser de diviseurs. Notre combat de toujours a été pour une Mauritanie où le fait d´être arabo-berbère, négro-africain, pulaar, soninké, bambara, wolof ou haratine ne serait ipso-facto une condition rédhibitoire. Nous avons existé pendant plus de 30 ans hors de la légalité mais cela ne nous a pas pour autant  empêchés d´être plus visibles et audibles sur le plan national et international. Nous continuerons notre lutte avec ou sans la reconnaissance du pouvoir et rien ne pourra nous bannir pour reconquérir nos droits les plus inaliénables et notre citoyenneté à part entière. Quant à l´unité des forces démocratiques ou négro-mauritaniennes, cela reste une préoccupation majeure pour nous, tout comme pour ceux de nos frères et compatriotes engagés avec nous dans la recherche d’un cadre de synergie de nos efforts communs.

Les FPC avaient participé au dernier dialogue entre la majorité et l’opposition. Est-ce que c´est stratégique pour un mouvement qui avait pris les armes en un moment donné avant de revenir au pays?

Nous avons accepté de participer au dialogue dans le respect de nos conditions et nos principes. Nous avions décidé d’y aller tout en étant conscients des insuffisances de l’organisation de ces  assises et en ayant des doutes sur la bonne foi du pouvoir, initiateur intéressé, de ce dialogue. Nous étions surtout conscients de l’envergure des différences qui nous distinguent de l’écrasante majorité des participants, essentiellement partisans du maintien en l’état du système discriminatoire que nous combattons.
Nous sommes allés au dialogue en tant que parti d´opposition au Système avec nos propositions de sortie de crise. Nous sommes aller au dialogue pour exposer notre vision de la Mauritanie. Nous sommes allés au dialogue pour dire notre part de vérité en hommes libres, justes et indépendants. Nous avons rempli notre engagement, c’est le pouvoir qui a trahi les conclusions du dialogue auxquelles il a frauduleusement soustrait, entre autres, le consensus sur l’introduction des langues nationales dans le système leur substituant des banalités ornementales sur le drapeau.
Discuter, débattre, dialoguer avec l´autre est une question de principe chez nous. Tout le monde se souvient certainement encore de notre appel historique pour un dialogue national dans le « Manifeste du négro-mauritanien opprimé » publié en avril 1986. A l´époque, cependant, il ne s´était pas trouvé suffisamment de bonnes volontés pour prendre conscience de l’urgence du débat national sur notre unité pour conjurer les menaces qui pesaient sur l’avenir en commun. Si on nous avait écouté on n’en serait pas arrivé à tous ces drames et déchirures  dont on a du mal à nous relever encore aujourd’hui!

Que comptent faire les FPC si Ould Abdel Aziz gagne le référendum?

Les FPC se sont alliées avec plusieurs partis de l´opposition démocratique et se battent avec eux pour faire échouer ce projet. Si Aziz s’impose par la force on avisera au sein de notre alliance.

 

Propos recueillis par Bakala Kane dit Yaya Chérif Kane.

 

Source : Bakala KANE

Kassataya.com

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