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LY DJIBRIL HAMET: « La Mauritanie est assise sur une poudrière!

J’écris pour dire non à cela. Pour dire qu’il faut changer. Pour le bonheur de tous! Ce qu’on l’on appelle pudiquement passif humanitaire en Mauritanie et qui est une somme de crimes et diverses forfaitures, un racisme d’Etat, vicie et gangrène la vie du pays. Nombre de militants des droits humains réclament avec insistance, des journées nationales d’échanges réels et profonds sur les années de braise afin de dégager la vérité et de réconcilier le peuple mauritanien avec lui-même.
En 1986, des camarades et moi-même, avons rédigé un manifeste qui dénonçait les maux évoqués plus haut et proposait des solutions concertées. Pour cela j’ai connu 4 ans de prison dont la partie la plus dure était le bagne d’Oualata. Avec mes camarades. Nous avons souffert dans notre chair. Quatre d’entre nous y sont définitivement restés dont une de nos meilleures plumes, un ancien ministre et deux officiers.
En 1987, à l’issue d’une parodie de procès, des militaires noirs accusés d’avoir voulu tenter de prendre le pouvoir par la force, sont sévèrement condamnés. Trois d’entre eux ont été passés rapidement par les armes, contre toute logique et à la désapprobation totale de tous les défenseurs de droits humains.
Mais le pire était à venir: 1989-1991. Des massacres aveugles, des viols, des expropriations, des spoliations des terres, des expulsions de leur patrie de milliers de citoyens qui avaient commis, pour seul crime, d’appartenir à la mauvaise communauté rétive et frondeuse. Une communauté qui a osé élever le ton, dire non. Des arrestations, des exécutions sommaires, extrajudiciaires. Un nettoyage ethnique méthodique. Des fosses communes dont les occupants réclament encore de nos jours des sépultures dignes afin que les veuves et orphelins puissent faire leur deuil.
Les victimes et tous ceux qui luttent à leurs côtés, réclament que toute la lumière soit faite. Que les coupables soient identifiés, traduits en justice et que soient rétablis dans leurs droits les victimes et/ou les rescapés et les ayants-droit.
Au lieu de cela, le régime sous lequel ces forfaits ont été commis à fait voter par le parlement une loi d’amnistie. Une loi d’autoamnistie! Et tous les régimes qui se succèdent depuis sont restés silencieux sur la question.
Il y a certes eu des journées de concertation. Sans suite. D’autres saupoudrages également, fortement médiatisés. Pour exorciser, dirait-on. Certes aussi, des réfugiés au Sénégal et au Mali sont revenus au pays, mais ne sont jamais rentrés dans leurs droits, n’ont même pas eu droit à des actes d’état civil, ont été misérablement cantonnés dans des sites, en véritables apatrides, dans leur propre patrie. Une diaspora qui ne dit pas son nom.
L’Etat mauritanien se doit de s’inscrire dans une logique de justice transitionnelle.
Ce sont là des priorités que devrait se fixer tout régime clairvoyant ».

Ly Djibril Hamet (Lors des Rencontres Euromaghrébines de littérature, 2e édition, Tunis, du 27 au 29 novembre 2014)

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