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Vidéo : Les maalmines de Mauritanie : les grands oubliés

Vidéo : Les maalmines de Mauritanie : les grands oubliésDune-Voices – Héritiers d’un patrimoine culturel et d’un savoir faire traditionnel séculaire, les maalmines (forgerons ou artisans) sont des laissés-pour-compte dans la Mauritanie d’aujourd’hui. Ils sont estimés à près de 600.000 sur une population totale de 4 millions d’habitants. Après avoir joué un rôle majeur dans la survie et le développement des populations nomades dans un désert souvent hostile, ces artisans créateurs sont les grands oubliés d’un Etat ouvert à une mondialisation sans pitié.Ce qui renforce encore plus leur stigmatisation dans une société qui les a toujours classés au bas de son échelle sociale.

Les vestiges du passé

La Foire Nationale de Nouakchott, située sur la route qui mène à Rosso, a été pendant plus de 40 ans la vitrine culturelle et artistique de la Mauritanie et le temple de son artisanat. C’était l’une des adresses les plus partagées par les touristes qui fréquentaient le pays.

Aujourd’hui, le siège désaffecté de la Foire Nationale est complètement abandonné et l’on y croise plus d’animaux errants que de visiteurs. Derrière le bâtiment central, à l’emplacement de l’ancien parc zoologique, on trouve de vieilles baraques couvertes de tôles rouillées, dans lesquelles se réfugient encore quelques rares maîtres artisans. Ces derniers continuent à y utiliser leurs forges et enclumes pour réparer essentiellement des armes à feu ou pour réaliser les commandes de quelques clients particuliers.

A coté de ces baraques se trouve encore la khaïma (tente bédouine traditionnelle) de Tfeila, collectionneuse et propriétaire d’une coopérative féminine, qui occupe les lieux depuis plus de 25 ans. Nous y croisons Aicha et Mariem, des artisanes qui travaillent le cuir. Elles achèvent la finition des « iliwich », sorte de tapis de prière confectionné à partir de peaux et de poils de chameaux.

Travail sur Illiwich

« Nous venons ici tous les jours chercher du travail comme celui-ci, car c’est la seule chose que nous savons faire » explique Aïcha. « Nous travaillons sous cette khaïma, quel que soit le temps, jusqu’à la tombée de la nuit. Heureusement que Tfeila est là pour nous accueillir et nous donner du travail. Nos hommes aussi travaillent derrière dans les bâtiments que vous voyez là. Ce sont des conditions très difficiles mais nous n’avons pas le choix. Nous devons envoyer nos enfants à l’école, pour qu’ils aient plus de chance que nous, même si cela n’est pas toujours évident. Dès que l’on découvre qu’ils sont maalmines, ils sont aussitôt embêtés et bloqués. C’est injuste, nous sommes aussi des êtres humains et nous voulons vivre comme tout le monde. Voyez le pauvre Brahim, à qui on a volé ses créations. Il a abandonné l’école parce que les enfants l’embêtaient et aujourd’hui on lui vole son travail.»

Brahim, l’espoir

Brahim a 28 ans, il travaille dans l’atelier de son oncle depuis qu’il a 11 ans. « J’ai abandonné l’école en classe de 5ème et je me suis mis à travailler. Oui j’ai essayé de relever des défis. Un jour j’ai entendu quelqu’un dire que l’on ne pouvait pas fabriquer une armoire en ébène. J’ai essayé et j’ai réussi » déclare le jeune garçon avec fierté.

« Puis je me suis lancé dans d’autres fabrications : une malle en ébène démontable, qui se transforme en table, une valise aussi. La malle démontable m’a été rachetée par les autorités pour une foire à Dakar. Elle a remporté un grand prix là bas, tout le monde en parlait, mais personne ne m’a cité comme étant son artisan. Ils n’ont même pas pris la peine de me féliciter ou de m’encourager. J’ai trouvé cela terriblement frustrant. Lorsque des concours sont organisés ici ou ailleurs, le département oublie de m’inscrire ou de m’inviter, alors que je peux fabriquer tout ce qu’une machine moderne peut fabriquer et même mieux !»

Brahim, malgré ses mésaventures, garde le ferme espoir qu’un jour il pourra enfin voyager et participer à un concours international pour présenter son savoir-faire, fruit d’un riche héritage des cultures arabo-berbères et négro-africaines.

La démission de l’Etat

Le plus grand échec de l’Etat, selon Mariem, sociologue, en matière de politique de promotion de l’artisanat du pays, c’est bien l’éducation et la professionnalisation des artisans pour faire face à un marché de plus en plus ouvert aux produits industriels plus concurrentiels.

Ces artisans avaient aussi l’habitude de travailler seuls et n’ont pas d’expérience en matière de création d’entreprises. Leur métier n’a pas été valorisé et par conséquent ne s’est pas ouvert aux autres. Seuls les artisans de souche, qui ont la vocation du métier sont restés à le pratiquer de façon archaïque : les hommes travaillent l’or, l’argent, l’ébène et la corne ; les femmes travaillent le cuir, dessinent le henné et tressent les cheveux.

« La société avait maintenu la caste des maalmines – comme toutes les autres castes serviles (esclaves, griots, éleveurs) – sous contrôle, par une endogamie imposée, pour préserver un savoir-faire nécessaire à la survie de ses membres. Aujourd’hui, grâce au levier de l’éducation, ces communautés encore marginalisées cherchent à s’émanciper pour s’élever dans l’échelle sociale. » Nous explique-t-elle. « C’est le temps qui effacera les stigmatisations de la société, comme partout ailleurs ».

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Maïmouna Saleck

Source : Dune Voices
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