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Nouvelles d’ailleurs de Mint Derwich : Lettre à mon Sultan : de la Constitution et d’une conférence de presse

Monsieur le Président, quelques petites remarques, après votre conférence de presse. Vous avez raté la marche, en exigeant un silence total de cinq jours, après le vote du Sénat. Dans une démocratie normale, dans le jeu politique « normal », vous auriez dû envoyer quelques ministres au charbon, quelques-uns pour s’indigner, quelques autres pour atténuer, quelques encore pour proposer. C’est comme ça que cela se fait. Vous avez raté votre communication car vous avez laissé ceux qui applaudissaient au vote des « 33 du Sénat » occuper le terrain. Et, en communication, ce sont les premiers qui occupent l’espace médiatique et celui des esprits qui gagnent. Dans un pays normal, c’est le Premier ministre qui monte au charbon.

Vous avez raté votre conférence de presse tardive, non pas que vous n’ayez pas parlé, mais parce que vous avez tout mélangé : votre colère et la real politik. Vous avez dit tout et son contraire, comme, par exemple, que vous ne décidiez de rien et, plus loin, que vous déciderez… Bref, vous avez laissé votre amertume dicter vos propos. Vous auriez dû faire une allocution à la Nation et non pas nous offrir une conférence de presse, comme si nous n’étions pas dans une vraie crise politique. Il ne s’agit pas de la culture des petits pois à Zouérate mais bien de votre Majorité qui a implosé, par deux fois.  Je vous rappelle la première : quand votre Parlement rejeta votre avant-projet de loi basée sur les violences faites au genre. Là encore, c’est bien votre majorité qui vous a dit « niet ». Vous vous en souvenez ?

Vous avez menti en public, en faisant semblant de vous résigner au référendum. Je vous rappelle qu’à l’origine, il devait bel et bien y avoir référendum et que vous avez estimé que ce dernier coûtait trop cher. C’est bien vous qui avez voulu revenir sur votre promesse. Résultat des courses : retour à la case départ. Vous avez délibérément usé de mensonge, quand vous avez parlé de la volonté du peuple. De quel peuple parlez-vous ? Vu que l’élection des sénateurs est une élection indirecte, nous n’avons pas choisi. De plus, comme l’opposition a boycotté tous les calendriers électoraux, s’il vous plait, de quel peuple parle-t-on ? Oh, je sais, vos états-majors feront tout pour que le oui l’emporte. Mais, pour l’Histoire, vous resterez comme le premier président qui fut désavoué et par son Assemblée nationale et par son Sénat. Oups, j’oubliais la parenthèse Sidioca. Mais vous savez, comme moi, qu’il s’est agi d’un coup d’Etat, mené et par vous et par vos meilleurs ennemis, l’opposition, contre le premier président civil élu par le PEUPLE.

Monsieur le Président, vous avez mal à votre Majorité. Depuis que vous avez annoncé votre intention de ne pas briguer un troisième mandat, vous ne faites plus peur à vos troupes. C’est ça le syndrome « orientalo-africain » du Chef. Vous avez oublié cette variable d’ajustement démocratique à la sauce Nous Z’Autres : un chef qui ne « cheffera » plus n’épouvante plus personne, surtout pas ses sénateurs qu’il voulait envoyer au chômage. Vous avez parlé d’user de l’article 38. Soit. Mais je vous conseille de lire l’article 99 et ceux qui suivent. Leur lecture est fort instructive, dès lors que vous démange l’idée de changer notre Constitution. Lecture très, très instructive…

J’ai été déçue par votre intervention. Vous ressembliez à un gosse gâté à qui l’on a cassé son jouet et qui se roule par terre. Il paraît que vous vous êtes senti trahi par votre majorité sénatoriale qui, selon les rumeurs, vous aurait dit qu’elle voterait oui. A menteur, menteur et demi… Cela vous étonne ? Moi pas : nous sommes en Mauritanie. Si j’ai un petit conseil à vous donner, arrêtez de nous expliquer, en long, en large et en travers, qu’avant vous, il n’y avait rien. Avant vous, il y avait nous et la Mauritanie. Vous l’avez même servie, cette Mauritanie. Elle existe depuis le 28 Novembre 1960 et elle ne vous a pas attendu pour grandir. Bref, elle a même un magnifique drapeau que vous avez salué pendant toutes vos années de service. Elle a aussi un hymne qui, tout décalé qu’il soit, est le seul que nous ayons et que vous avez écouté, au garde-à-vous, pendant votre temps de militaire…  Bref : j’ai une idée autre de la politique et de la grandeur que se doit d’avoir un chef d’Etat. J’ai une idée autre de ce que notre pays mérite. Et si j’ai encore un conseil, revoyez donc votre communication, cette grande absente de votre gouvernance. Le silence de la Grande Muette ne convient pas à un exercice normal du pouvoir. En vous taisant et en ne communiquant pas, vous laissez penser que rien ne va. La parole a été donnée à l’homme. Ne l’oubliez pas… Et la communication est la base d’une politique réussie. En communiquant bien, vous pouvez tout changer. En ne disant rien, vous rendez la politique soupçonnable. La nature a horreur du vide, je ne saurais vous conseiller de regarder d’un autre œil vos conseillers… Salut.

 

Mariem mint Derwich

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