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Souvenirs/souvenirs : Du temps où Kanaoil était le « centre du monde »

Il ne s’agit pas ici de pleurer le passé, incriminer le présent ou influer l’avenir.  Juste,  rappeler aux générations d’aujourd’hui et  demain que l’histoire science sociale  de la connaissance du passé  de l’humanité  et  inscription    ineffaçable  de l’anteriorité , « constitue un miroir dans lequel les questions du présent rechercheraient, dans le passé, sinon des réponses, du moins des pistes de réflexions ».

De  ce point  de vue, il  importe  de revenir sur   les communions , convivialités  et affinités qui caracterisaient  Ehel Kanaoil et leur effet sur les relations humaines et la cohésion sociale  qui semblent  ébranlées ,chez nous, ces temps- ci.

 

Kanaoil ce n’est pas que l’ancien  site éstival  de la Hella (campement) Emirale qui a ravi, en son temps, la vedette à plusieurs autres Oasis  dont Amder, Toungad , Teyaret ,Tirebane, Hamdoune….

Kanaoil ce n’est pas que le premier village  en Adrar  dans lequel  ont  été  installés (dés 1925 )  une station météo, un groupe électrogène (prélude à l’électrification  domestique )  , une piste d’atterrissage d’avion  et l’introduction des premiers vélos (bicyclettes), lampes torche, bonbons, pains d’épice et chocolat.

Kanaoil ce n’est pas  que la  première Medersa d’enseignement moderne (1936) dans tout le Nord   (après Boghé 1905 et Boutilimit 1914) qui a formé la plupart des pionniers, bâtisseurs ,à partir de presque rien  et  contre vents et marées, la République Islamique de Mauritanie qui nous rassemble aujourd’hui.

Medersa qui fut dirigée en premier , par le Franco-Algerien Naghly(?)   puis Sidi Mohamed Ould Deyine ( ministre Éducation, jeunesse et travail en 1959, intérieur en 1961 et affaires étrangères en 1963)

 

Kanaoil  ce n’est pas que le premier film cinématographique Mauritanien : « Terjitt » dans lequel le parodiste  El Marhoum Hemmam Fall a immortalisé la Mauritanie « arc -en-ciel » des années 60 et dans lequel  l’inoubliable Jeich Ould Seddoum Ould Abba  (et sa merveilleuse troupe)  s’ingéniait à  moderniser   la musique  et danse  en  Jaguar , Gueyra , Bouya Ya A3eymar , Kij Elmebrad  etc…

Kanaoil c’est beaucoup plus que ça.

Historiquement 

 Kanaoil  ou « grenier »  ( d’aprés  certains :   kanna en langue Amazigh est un  n.f  qui signifie : soupente, grenier; pl. tikanniwin)  est apparu bien avant la ville d’Atar.

Selon la version populaire rapportée par Pierre Bonté , il  serait  fondé en même temps qu’ Azougui , capitale Almouravide, Tizikine, Aggni  , fiefs des  Bafours et Sanhaja.

A  la fin du 17eme siècle,  les fils de Chems Eddine  venant  de Chinguetti,  fondèrent   la ville d’Atar ,  tandis que  leurs frères paternels (qu’ils ne reconnaissent pas comme tels) , les Ewlad Ibni s’installèrent à kanaoil  suite à un compromis ficelé  par le cadi Ould Hamoni de Laghlal.

 

Territorialement

 les palmeraies de Kanaoil qu’exploitaient les Ewlad Ibni en collaboration avec leurs frères  d’alliance et  gendres  Lekhcham d’origine Lemtouna, couvraient toute la zone comprise entre l’actuelle brigade de gendarmerie d’Atar au nord jusqu’à la plaine de  Yaghref  (déversoir  de Oued Seguelil , Oued Lebiadh et el Baten) au Sud.

Les seuls rejets (dattes tombées( اطياح) par l’agitation   du vent) à l’extérieur des imposantes  Zribas de Slama Ould Khayar et Slama Ould Cheikh se quantifiaient aux quintaux  et prouvaient la richesse de ces deux possédants.

 Politiquement

  Au moment où d’aucuns sont entrain  de réveiller , non sans complaisance et parti pris , les récits  de la « Résistance  contre le colonialisme», sait-on que la quasi-totalité  des expéditions , batailles  , razzias et guerres  engagées par les émirs d’antan de l’Adrar   sont  ravitaillées à partir des céréales, dattes , bétails  et armes produits  à  Kanaoil ?

 

Sait-on que le jour de son départ  en 1932  pour la Hijra (exil au nord du pays) aux fins de continuer la resistance  , l’Emir  Sid’Ahmed Ould Ahmed  Sid’Ahmed  Ould Aida (qui a participé  à toutes les grandes batailles contre le colon Français : Tidjikja, Amessaga,Amatil, Hamdoune, Ksar Torchane, Ouadane  ,  entrecoupées  par ses deux  arrestations en 1912 et   1918 et son   emprisonnement  à Saint Louis du Senegal ) a tenu pour la dernière fois sa réunion d’adieu dans la maison de l’ armurier  Brahim Ould Khlil à Kanaoil, entouré de ses plus proches conseillers qui l’ont accompagnés  jusqu’à la sortie de Tizikine , porte de Teyarett ?

Sait-on que c’est la Medersa de kanaoil qui a servi de maison de détention lors  des premières   contestataires politiques des années 60:  Nahdistes et autres accusés de « coup de Nema et Atar » contre les Français ?  Et plus tard cache et réunions secrètes des Kadihines et soixante huitars?

Sait – on que le Combattant suprême Habib Bourguiba  premier Président étranger  à reconnaitre la Mauritanie et défendre son accession à l’indépendance a été accueilli lors de sa visite en 1964 en compagnie du Président Moktar O.Daddah,par une cérémonie grandiose  organisée dans la Batha de Kanaoil ?

 

Culturellement 

Kanaoil c’etait  le fief de :

-           l’érudite et sainte Khdeijitna Mint Dbeyhi , la Kuntawiya ( mére d’Ehel Abidine)  aux pouvoirs spirituels  incomparables dont la tombe  à   Tachoutt ,entrée  sud de Kanaoil continue de recevoir les visiteurs.

-          La célèbre Meyja Mint Aamorty d’Awlad Ibni,  docteure spécialisée en médecine traditionnelle, mère de la famille très connue Ehl Al Maghary El Alewy  et mère (dit-on)  également de 6 autres fils d’un père   Terkiz, tous savants en théologie et droit musulman. Ne  lui attribue-t-on pas  le nom du cimetière principal d’Atar : « Ewlad Meyja » ?

-          Du docte  Sidi Mohamed Ould El Mousatapha , “ Kellam Adlegane” qui ,aux fins de sauver un accusé arbitrairement inculpé au Tagant, a donné parole au sac de haricot pour dénoncer qui l’a volé.

-          Du  respectable Sidi Mohamed El Kinti petit fils du grand savant très connu Sid’El Moctar El Kinti Al Kebir , dont la maison est toujours debout face à Agalitt  .

-          De la vedette ,en son temps,  Nasserhallah Mint N’Ghaimich  premiére musicienne  Mauritanienne à enregistrer  des chansons pour le compte de radio Mauritanie  basée en  cette époque à Saint Louis du Sénégal

-         De  Dhebi Ould Moulaye Zeine,  auguste cherif  par ailleurs saltimbanque, qui demontra ses talents chevaleresques incomparables , lors des courses et accrobaties sur chameaux devant les presidents Bourguiba  , Moktar et toute l’assistance  ataroise  en 1964

-         Le juste des justes Massa Ehilely l’unique témoin agréé par tous les cadis  pour  les divers  litiges fonciers.

-     Des Faghih, Imams et enseignants du Coran (recitation, explication et interpretation)  et culture arabe (vocabulaire, ecriture, conjugaison , poesie et orthographe)  :   Mohamed Ould Abdel Wedoud, Ould N’Dy, Mint Deydah, Mohamed Ould Ebbabou

 

Musicalement  

  C’est à kanaoil que résidait le virtuose de la musique Maure Haimouda Ould N’Ghaimich, véritable « prince  » de l’émirat qui , le jour de la mort du martyr l’Emir  Sid’Ahmed  Ould Ahmed Aida,de surcroit son ami intime,  émietta  les cordes et caisse de sa Tidinit et scanda son  célebre quatrain   :( عاكب سيد أحمد لا اتشك ….يالهول إنك ملاق….فراق ذاك امعاك هك ….هو يوم الفراق )

jurant que son dernier   rendez vous  avec la musique n’irait plus au delà de  sa dernière entrevue avec Sid’Ahmed.

-  La  famille éclairée  Ehel Esseyssah, et la  descendance  de Badou, Nevrou ,Ahmed Deya    passaient  de beaux jours à  Kanaoil et participaient aux animations joyeuses des  nombreux mariages  trans-éthniques et trans-raciaux par les danses  du fusil, cantilènes mélodieuses,  bergérades douces  ( اشويرات الظل) ,veillées musicales du Med-h ,compétitions de Tegra7h  (intelligence des mots), duel poétique  (agh6a3) , concours de danse , démonstrations acrobatiques , revelations de talents dont  le dernier est  l’inégalable bien aimé des cœurs le nain  Mohamed Ould Boubou  …..

-        Les poétes Chadhily,Mohamed Ould Choueikh, Lealy Ould Cheikh, Ould Cheikh El Hassen, Ramdhane O.Amar Cheine , El Haj Ould Telloumitt qui ont ecrit le nom de Kanaoil  en lettres d’or dans la memoire collective.

 

Professionnellement 

Kanoil c’était  surtout  l’ingénieux   Brahim Ould Khlil , principal « vizir «   et conseiller technique des Émirs, en raison de sa vaste culture, sa vive intelligence et son discernement.

Richissime propriétaire foncier dans tout l’Adrar , grâce à sa créativité,  dextérité,et  la qualité irréprochables de ses prestations .

- Ces maitres maçons et tailleurs de pierres  qui ont construit toutes les anciennes  bâtisses administratives et militaires d’Atar  et même une partie du palais présidentiel à Nouakchott.

-  Ces premiers chauffeurs Maures ( Weddou Ould El Bouss, Ely Ould Gaya  …) qui assuraient le ravitaillement de la ville d’Atar à partir de Saint Louis du Senegal par voie des  camions  T46 de transport de la societé Française Lacombe et Cie.

 

Sportivement

  Kanaoil , c ‘était l’ambiance spontanée, les prouesses  des jeunes, les jeux de Hib (agilité) , lutte traditionnelle, musculation au port du » roc d’essai ». jeunes femmes  et hommes bien « branchés » à la mode de l’époque .Bref!  La joie de vivre .

C ‘était   les courses  de chevaux , Ghzalatt pur sang ou  Rawanté (course en wolof)  sur » l’hippodrome  naturel  » qui s’étale entre R’Gueyba  et   kanaoil  (1.000 m environ).

Les jours de « classico »  entre les deux meilleurs cavaliers  Ould  Abidine et Zeid Hilethmane , ce sont des foules d’éxcités venus de toute part , qui prennent d’assaut tout le Rag  Kanaoil . Les you-you,  chants, danses et  applaudissements ne s’estompent qu’a l’appel du muezzin  à la tombée de la nuit.

 

C’etait  : Ahmed Ould Chadilly dit « Aheymeda » qui remporta, lors de la célébration du 14 Juillet à Atar en 1958, haut la main, le trophée « Tir à la cible » devant 500 concourants tous « homme du fusil » ; De Mohamed Ould Hambole  qui représenta la Mauritanie en 1958 aux jeux Olympiques de Madagascar  et vint 2eme sur course 800m ; De Mohamed Ould Amar Chein (devenu par la suite homme d’affaires) arrivé premier en course de vélo, lors des festivités de l’indépendance en 1960 à Atar devant  Salifou ( gendarme) ,  Mohamed Ould Tlayor (policier)  et  Mohamed Ould Bonheur.

 

Socialement

 C’est Kanaoil qu’ont choisi, pour établir des familles,  disposer de palmeraies et/ou terres de culture et patrimoine    les Sieurs :

l’emblématique Ahmed Ould Kerkoub dont le fusil ne quitte jamais l’épaule où qu’il se trouve, le charismathique   Yehdhih Ould Beyrouk  caïd de Gleimine et tout le sud Marocain , le respectable  Ethmane Ould Moktar Ould Aida,l’indispensable aviateur Jacques Gallouadec  directeur de cabinet militaire de Moktar Ould Daddah, le bienfaisant  Aly N’Diaye ,  le philanthrope  Melainine Ould Ahmed pére de la 1ere dame ,  le stratége  Bomba Ould Yaghla,  l’auguste Homody Ould Mahmoud ,le bourgeois Ismael Ould abeidna  patron de Sogeco, Lemine Ould Hamoud premier officier  Mauritanien de douane  et  les grands commerçants  Ewlad Bousbaa (Ehel Leaweissy, Boussabou3,Bardass) etc.

C’est Kanaoil qui a donné à notre capitale nouvelle née , Nouakchott, son premier maire, en la personne de Mohamed Ould Khayar et à l’éducation nationale le ministre qui a sauvé en 1966 l’État naissant   d’un éclatement ethnique qui aurait pu être assassin.

 

 

Il ressort  de ce qui précède ,  comme dit le  maître spirituel indien   Sri Sathya Sai Baba  qu’ : « il n’y'a qu’une seule caste  , c’est la caste de l’humanité » .

L’histoire étant « l’ouverture sur l’autre  » , ceux qui veulent la réécrire  se doivent de se dépasser  du « repli sur soi » ,  rétablir  les faits dans leur juste contexte,   plaisent -ils ou pas.

 

Que Dieu bénisse les morts d’Ehel Kanaoil  W’ Ehel Mouritane et prolonge avec bonne santé la vie de tous les vivants.

Meilleurs voeux pour 2017

Ely Salem Khayar

traduction en arabe :   http://adrar-info.net/?p=39044

 

 

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