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Le retour des goumiers d’Afrique

Le retour des goumiers d'Afrique
Défilé de méharistes maures, 1948. Don Mohamed Saïd Ould Hamody.

A la suite de la crise malienne, la question de la bande saharo-sahélienne est revenue sur le devant de la scène africaine. Africa4 remonte le fil chronologique de l’histoire des populations nomades de la zone.
Les goumiers : une unité saharienne #1Questions à… Camille Evrard, post-doctorante en histoire contemporaine à l’université Toulouse-Jean-Jaurès, spécialiste des armées sahariennes.

Qu’est-ce que le « double recrutement » militaire dans les pays de la bande sahélo-saharienne à l’époque coloniale, distinguant les goumiers de l’armée traditionnelle ?

Il faut d’abord dire que « double recrutement » n’est pas une expression consacrée. Dans les archives coloniales, on parle plutôt d’unités mixtes, et leur nom évolue au cours du temps – « groupes nomades » ou GN est celui qui connaît la plus grande postérité.

Pour la conquête du Sahara par le Sud, les troupes coloniales françaises adoptent une organisation spécifique, née vers 1907, qui s’inspire des compagnies sahariennes du Sud algérien. Dans ce qui deviendra la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Tchad, elles créent des unités méharistes (de méhari, le dromadaire de monte saharien) qui emploient des soldats réguliers, les tirailleurs, et des « supplétifs » sahariens qui sont dits « appointés ». Ces derniers sont engagés parmi les Maures, Touaregs, Toubous, ou Arabes, et sont appelés « goumiers » par l’armée coloniale, tout comme les troupes « indigènes » de cavalerie en Afrique du Nord. Ce terme connaît ensuite une grande postérité, pour désigner les méharistes locaux du Sahara. Les unités mixtes montrent la vision dichotomique simplificatrice des autorités coloniales, qui perçoivent le monde ouest-africain en deux grands pôles : sédentaire et nomade. La différence entre tirailleurs et goumiers se situe dans leur statut, puisque les uns sont des conscrits de l’armée coloniale, tandis que les autres sont des volontaires contractuels, et payés sur le budget civil de la colonie. Cela implique que les premiers peuvent être amenés à servir à n’importe quel endroit de l’empire colonial, ainsi qu’en Europe pendant les conflits mondiaux ; les seconds, au contraire, sont utilisés comme « spécialistes » du terrain saharien, et servent donc « à domicile » – du moins dans les limites assignées à leurs déplacements par l’État colonial. Il faut souligner que pendant la période coloniale, les populations nomades n’ont pas été soumises à la conscription.

Quels en sont les héritages au moment de la transmission des armées nationales ?

L’administration coloniale tardive tente à maintes reprises de réformer ce système « mixte », de clarifier les statuts des goumiers. C’est une tâche ardue, car il en existe plusieurs sortes. Ceux de la « garde méhariste », dont le statut est assimilé au corps des « gardes cercles », servent sous autorité des administrateurs coloniaux pour des missions de police. Ce statut existe dès les années 1910 en Mauritanie et 1930 au Niger, et prévoit par exemple des droits à la retraite. En revanche, les goumiers des groupes nomades, de statut civil mais servant sous autorité militaire, n’obtiennent une protection qu’en 1958, lorsqu’est enfin créé un corps de goumiers rattaché à « l’armée d’outre-mer ». La question des pensions surgit au moment de leur mise en retraite ou de leur transfert dans les armées nationales, et montre que l’État français ne tient pas compte de l’ancienneté des goumiers qui ont servi avant 1958.

Toujours est-il que, tant au Niger, où la composante nomade de la population est minoritaire, qu’en Mauritanie, où elle est dominante, la majeure partie des anciens goumiers coloniaux qui sont restés en service après l’indépendance ont intégré les corps nationaux de gardes – héritiers des gardes cercle et qui ont maintenu des unités nomades. Dans l’armée de terre à proprement parler, quelques unités méharistes ont continué à exister, mais avec des effectifs bien moindres et pendant moins longtemps. La différence de taille entre les deux pays, mais qu’il conviendrait de mieux étudier, concerne plutôt le nombre de jeunes issus des populations nomades ayant intégré l’armée nationale dans les premières années qui ont suivi sa création.

Lire lasuite : http://libeafrica4.blogs.liberation.fr/2016/02/28/le-retour-des-goumiers-dafrique/

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