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Ministère de la culture : Apres Garn El Gasbah et Aoujeft ….. Kanaoil ?

Dans le cadre des préparatifs de la 3eme édition du festival des anciennes villes qui se tient cette année à Ouadane, la ministre de la culture et de l’artisanat vient de passer un séjour de trois jours en Adrar.  Au cours de cette visite, elle a hissé  au statut de «  patrimoine national », le quartier de Garn El Gasbah à Atar ainsi que l’ancienne ville d’Aoujeft.  Ces deux localités  s’ajouteىف aux autres sites déjà classés ainsi. De l’avis de nombreuses personnalités du monde de la culture,  la ministre  aurait dû , simultanément avec le quartier  Garn El Gasbah, faire bénéficier aussi   de ce statut , le  village antique Kanaoil , ancienne capitale Emirale et vitrine traditionnelle culturo- sportive et artistique de l’Adrar .  Un oubli du ministère de la culture et de l’artisanat ? Un manque d’informations ?  ou un défaut de programmation ? Il semble que ce soit les trois  à la fois .   Garn El Gasba est certes un vieux faubourg  labyrinthique très chic d’Atar , avec  ses gites d’étapes, résidences VIP dignes de riches et  grandes notabilités de la ville mais  surtout , ses maisonnettes en pierres taillées ouvertes sur des  ruelles étroites et sinueuses dont les méandres pittoresques conservent  chacune sa propre histoire et ses secrets de polichinelle. Non loin de là, dans la banlieue sud d’Atar, Kanaoil ne démérite pas  non plus de considérations et d’atouts.

Selon ce que rapportent des sources concordantes, Kanaoil jumelait et voisinait les cités anciennes  de Ag-ni, Ilij, Tizikine. Certains de ses anciens habitants sédentarisés depuis les temps reculés, se disent descendants des Bavours. Lesquels  colonisaient  les contrées  Adraroises bien avant l’arrivée des Almoravides. La fertilité des  terres de kanaoil, la diversité  de ses palmeraies  et la richesse de ses populations lui a valu dés le XVI eme siècle, le statut de capitale  Emirale de l’Adrar. Cela en plus, il  devint  le quartier général  (P.C) de regroupement et d’accueil de populations laborieuses venues de toute part  fuyant les geurres et famines (cultivateurs, éleveurs, artisans, charpentiers  maçons… ). A  kanaoil se déroulaient  les cérémonials de prestige, trocs commerciaux, émulations sportives et culturelles… (mariages exemplaires, Degdagas, danse du fusil, Hib d’agilité et force,  vente publique et échanges d’utilité, courses de chevaux, At3az, lutte traditionnelle, sketches, blagues…). C’est à partir de  Kanaoil  aussi, que  les stratégies d’attaque contre les ennemis extérieurs et les techniques de défense du terroir sont conçues et engagées. Kanaoil  fut chanté  et glorifié au fil du temps par les poètes  les plus prestigieux :

. كنوال اكبيل أصل بل…لمرو و احسان الخطار

بل أحمد لمحمد واحمل….سيد أحمد واحمد للمخطار.

(De tout tempsة kanaoil était terre de sagesse et hospitalité tout comme il est le fief des Emirs Ahmed Lemhamed,Ahmel Sidahmed et Ahmel lilmokhtar )

Après l’arrivée  des colons en Adrar , la fin de la résistance armée et la mort de l’Emir Sid’Ahmed Aida vers 1932, c’est à Kanaoil que fut construite la première Medersa d’enseignement moderne .Ouverte le 1er Mai 1936.  Seize  élèves y apprenaient des cours d’arabe  pour 2/3 du temps  pour  1/3 en Français . Cinq d’entre eux réussirent à décrocher en 1942 le certificat de fin d’étude primaire  (CEPE) constituant ainsi l’embryon du  1er réservoir formatif  des cadres  Nord du pays.

Postindépendance, la République transforma la Medersa de Kanaoil  en  première prison politique. Elle  y séquestra  les leaders du parti contestataire ( NAHDA)  pour le  motif : Attentats  de Nema et d’Atar survenus  au début des années 1960.

C’est à Kanaoil et à partir de ses  acteurs et troupes artistiques que fut tourné en 1970 le 1er et célèbre film « Terjitt » d’ El Marhoum Hemmam Fall

Comme vu, Kanaoil a enregistré tout au long de l’histoire, un passé actif prompt à promouvoir les développement, authenticité et rayonnement culturel  de l’Adrar et par delà toute la Mauritanie.

La direction du patrimoine au sein du  ministère de la culture et de l’artisanat, s’enrichirait  en  répertoriant et en restaurant :

  1. Ce qui reste  de la 1ere Medersa de Kanaoil ,(logement du directeur, refectoire, dortoir et cuisine)qui a été à l’origine de la formation de nombreux cadres pionniers de l’indépendance nationale
  2. Le logement  du chef de village ou  « hôtel de ville d’antan » construit  en pierres  entreposées avec dextérité et maitrise architecturale ,  comportant  pièces d’hôtes, cour  de réceptions, silos de conservation de vivres, porte-ustensiles, escaliers, vérandas , terrasses, ..

Cet habitat traditionnel reflète le  mode de vie des populations sédentaires  de l’époque.

  1. Le « Rag kanaoil »  , site d’installation et camping estival  de la Hella Emirale. Actuellement délabré, dégarni  et ouvert aux circulations à tout va  d’animaux, véhicules  et piétons, ce Rag  gagnerait à être transformé en parc public moderne avec monument historique, musée et bibliothèque, arbres et bancs de repos, arènes de jeux divers et aires de rassemblements populaires.  Le tout embelli de façades ornées de  calligraphies , peintures arabesques  et décorations diverses.

Des dispositions  simples à faire très  importantes pour le respect de la mémoire collective et  l’histoire de la Nation.

Ely Salem Khayar

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