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Dr Mariella Villasante Cervello : Chronique politique de Mauritanie décembre 2014 (5)

Réélection du président Mohamed Ould Abdel Aziz, avancée de l’islamisme radical et mouvements sociaux contre l’esclavage interne et pour les droits civiques des minorités noires.

Les forces armées célèbrent le 53ème anniversaire de leur création— L’arabisation des forces armées : une autre mesure discriminatoire
Enfin, le 20 août, al-Akhbar annonce que les Forces armées ont décidé d’arabiser leur administration, c’est-à-dire que toutes les correspondances entre les états-majors et entre les unités se feront en langue arabe ; à l’exception des correspondances internationales qui pourront se faire en d’autres langues. Cette mesure confirme la politique d’arabisation choisi par le gouvernement, qui coexiste de manière ambivalente avec la pratique ordinaire de la langue française. L’arabisation va à l’encontre des demandes explicites des communautés noires du pays qui se sont mobilisées contre celle-ci depuis les grandes grèves de 1966 [Al-Akhbar, NoorInfo du 20 août]. La langue française occupe donc désormais un statut ambigu qui reflète le désordre qui gouverne les politiques gouvernementales aussi bien en matière d’éducation, qu’en relations avec toutes les communautés linguistiques du pays depuis 1966. Or, comme le remarque « Vlane », le pays est arrivé à une situation insensée où la langue française est la seconde langue de travail public et privé, utilisée dans les documents d’identité et les billets de banque et elle a été retirée de la Constitution de 1991. Celle-ci considère que la langue officielle est l’arabe, et les langues nationales sont l’arabe, le poular, le soninké et le wolof. Or, cet état de choses quelque peu schizophrène n’a pas soulevé la moindre demande de réforme chez les hommes politiques. Les débats politiques et les médias utilisent la langue française. « Vlane » a également raison de demander la réintroduction du français dans la Constitution mauritanienne et de faire une place officielle au hassaniyya, principale langue des Mauritaniens(22) Je dois ajouter que les études en sciences se font toujours en français à l’Université de Nouakchott, alors que les sciences humaines et sociales ont été arabisées de manière autoritaire, refusant le fait incontestable que l’essentiel de la littérature dans ces domaines se produit en français. L’Algérie et le Maroc ont fait des choix similaires, essayant d’éradiquer le français des programmes scolaires, avec des résultats désastreux.
— Le nouveau gouvernement et les forces armées
Le 28 août un nouveau gouvernement a été nommé, le Premier ministre Moulaye ould Mohamed Laghdaf, reconduit quatre fois par le président Aziz depuis 2009, a été apparemment prié de partir. Et Yahya ould Hademine, ministre des Transports et des infrastructures, l’a remplacé dans ce poste qui n’occupe pas, cependant, une place d’importance dans un gouvernement éminemment présidentiel. Cependant, sa réputation d’homme autoritaire n’est pas très rassurante. Ould Hademine était ancien ingénieur de la Société nationale industrielle et minière, la puissante SNIM ; et il est membre du bureau exécutif du parti au pouvoir, l’UPR. Il est donc un homme de
confiance du président. Les principaux ministres du gouvernement, de 27 membres, n’ont pas changé. La Justice est gérée par Sidi ould Zeine, l’Économie par Sidi ould Tah, l’Environnement par Amedi camara, l’Intérieur et la décentralisation par Mohamed ould Ahmed Raare ; les Finances par Thiam Djombar, et l’Education nationale par Bâ Ousmane. On compte neuf nouveaux ministres. Sidi ould Salem, ex-directeur de campagne présidentielle,
physicien et ancien cadre du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), a été nommé ministre à l’Enseignement supérieur et la recherche. Le ministre de Transports est désormais Isselkou ould Ahmed Izid Bih, ancien président du parti au pouvoir, l’UPR. Hindou mint Ainina, première rédactrice en chef du journal indépendant Le Calame, et conseillère à la communication du Premier ministre sortant, a été nommé ministre déléguée chargée des Affaires maghrébines, africaines et des Mauritaniens à l’étranger. La nomination du nouveau ministre de la Défense, Diallo Mamadou Bathia, ancien administrateur du gouvernement de Ould Sid’Ahmed Taya, qui faisait partie du cabinet de Mohamed Laghdaf, semble une nouveauté car aucun Noir n’avait été nommé
à ce poste depuis 1975. Cependant, en Mauritanie ce ministère est subordonné au chef d’état-major des armées, le général Mohamed ould Ghazouani, ce qui lui enlève toute capacité de décision [Rmibiladi, NoorInfo des 28 août et Jeune Afrique, 26 novembre].
Parcours / Yahya Ould Hademine : Qui est le Premier ministre? Yahya ould Hademine, Premier ministre mauritanien

Le général Mohamed ould Ghazouani, chef des armées mauritaniennes est le numéro deux du régime depuis 2009, et a participé au gouvernement depuis la chute de ould Sid’Ahmed Taya en 2005. Il s’agit d’un homme de confiance du président Aziz, qui l’a aidé à préparer le coup d’État contre Sidi Mohamed ould Cheikh Abdellahi le 6 août
2008. La décision d’arabisation de l’administration des forces armées a terni cependant sa réputation et l’a rendu vulnérable sur la scène internationale, notamment vis-à-vis de la France, qui a augmenté son aide militaire et qui affirme sa présence dans le pays dans le cadre de la lutte anti-terroriste (Rmibiladi, NoorInfo du 28 août].
Aziz/Ghazouani : Les Amis Le général Mohamed ould Ghazouani et le président Aziz

Au mois d’octobre, des changements dans la hiérarchie des forces armées ont confirmé la tendance à réduire le contingent de Noirs dans ses rangs. Le 19 octobre, l’association Touche pas à ma nationalité (TPMN) a dénoncé ce qu’elle appelle « la dénégrification de l’armée23 », protestant en particulier contre la nomination du général Mohamed ould Meguett à la direction de la Sûreté nationale. Selon TPMN, cet officier est cité dans tous les rapports et les témoignages des rescapés comme responsable direct des violences à l’encontre des Noirs, en conséquence sa nomination est « une insulte à la mémoire des victimes des années de braise et à l’intelligence de tous les mauritaniens par la promotion de présumés criminels. » De nos jours, les quelques officiers et soldats qui
ont échappé aux massacres de plus de 500 militaires dans les camps d’Azlatt, de Jreida, d’Inal et de Oualata au début des années 1990, sont à la retraite, et les jeunes Noirs ne sont pas recrutés dans les écoles militaires.

A suivre …/

Dr Mariella Villasante Cervello Institut de démocratie et droits humains (idehpucp, Lima, Pérou)  [mariellavillasantecervello@gmail.com]

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20 Voir les déclarations des associations de victimes de la répression militaire :
http://www.lecalame.info/?q=node/1094. Voir aussi : http://www.noorinfo.com/Commemoration-du-54emeanniversaire- de-l-independance-Deux-celebrations-et-36-annees-occultees_a14852.html

21 Voir : http://www.noorinfo.com/Mauritanie-une-enquete-sur-la-repression-contre-une-marche-d-exrefugies_
a13867.html
22 Voir http://chezvlane.blogspot.com/2014/03/origine-du-crime-jusquen-1991-la-langue.html

 

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