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Le Rushdie mauritanien

Ancienne mosquée de NouakcottA la suite d’un procès quasi-expéditif, où aucun avocat de la RIM ou d’ailleurs? EXCEPTES CEUX COMMIS D’OFFICE et qui ont pris le soins de préciser qu’ils étaient là parce que la loi les y obligeait, n’a accepté de prendre la défense de ce citoyen qui vivait sous le poids de la « présomption de culpabilité » et s’attendait à une sentence prononcée à l’avance par la rue, Le Rushdie mauritanien a été condamné au « peloton d’exécution » pour apostasie. Une fatwa d’un tribunal de la République Islamique de Mauritanie.

Il est de notoriété que Salman Rushdie est l’auteur des célèbres « Versets sataniques », et qu’ils lui ont valu une « fatwa » (sentence) de l’Imam Khomeiny d’Iran, le condamnant à mort pour propos blasphématoires. Sa tête fut mise à prix. Sa vie  avait complètement basculé. Depuis lors, il s’est réfugié dans un anonymat total, et aurait même fait recours à la chirurgie esthétique pour changer de visage.

Après l’affaire de Rushdie, il y a eu les caricatures danoises, le film américano-israélien, et le célèbre révérend aux Etats Unis qui tenait à brûler des corans devant les caméras des chaines de télévision les plus regardées.

Nous, en terre d’Islam, on pensait que ça n’arrivait que chez les autres. Notre théorie du complot permanent nous incite à voir derrière tous ces actes, une conspiration des méchants mécréants et des juifs sionistes.

Et voilà que nous constatons que nous ne sommes guère immunisés contre ce phénomène. En effet, au début de cette année 2014, un article qui aurait été publié par certains sites locaux, avait défrayé la chronique en Mauritanie. Je dis « aurait », parce que ceux qui affirment l’avoir lu, ne sont pas légion.

Malgré cela, son auteur était devenu notre Salman à nous. Et c’est devenu la mobilisation générale, tant au niveau populaire que celui officiel. C’est à peine qu’on n’avait pas décrété l’état d’urgence. Des manifestations de rue, des « khoutbas » (prêches), des articles de presse, des communiqués alarmistes et alarmants, etc…Le Président de la République avait même parlé aux manifestants pour dire que notre pays est loin de la laïcité,  promettant que l’intéressé aura une punition exemplaire. Comportement, somme toute, étonnant de la part de chef de l’exécutif au sujet d’un dossier entre les mains des juges.

Au début, je n’avais pas vu l’écrit incriminé, malgré mon suivi régulier des sites et de l’actualité qu’ils véhiculent. L’article aurait été discriminé très rapidement. Un ami qui avait eu un bon réflexe, l’avait sauvegardé, et m’en a filé une copie.

Au moment où j’écris ces lignes, il semblerait que :

  • Le jeune écrivain est toujours aux arrêts, depuis son interpellation il y a plus de six mois;
  • Son employeur l’aurait licencié. C’est une filiale de la très officielle société nationale industrielle et minière (SNIM) qui l’employait;
  • Les manifestants demandent sa mise à mort;
  • Un homme d’affaires aurait promis une prime de 4 millions de nos précieuses ouguiyas (ouguiettes) à celui qui exécuterait l’intéressé;
  • Une fatwa aurait « décrété » son divorce de son innocente et pauvre épouse;
  • On s’évertue à faire constamment le lien entre son acte, et ses origines sociales. On trouve une sadique satisfaction, à faire accompagner ce qui se publie de ses nouvelles par l’expression « le forgeron »;

Devant ces agissements, on est en droit de se demander :

  • Quel lien a le droit d’un citoyen à l’emploi, avec ses opinions ou ses croyances ?
  • Comment, dans un Etat qui se dit de droit, peut-on inciter au meurtre sans être inquiété par la justice ?
  • Suivant quelle logique, et au nom de quelles valeurs, peut-on mettre à prix la tête d’un être humain, lancer publiquement un appel à ‘’manifestation d’intérêt’’ pour « tueur à gages », et ne pas en répondre devant la rigueur de la loi ?
  • N’est-on pas, à la fois, stupides et débiles, en offrant gratuitement à cette personne une médiatisation gratuite, et à grande échelle, comme ce fut le cas pour Rushdie, le caricaturiste, et les autres ?
  • Ne fait-on pas, nous aussi, des actes d’apostasie en donnant du Prophète Mahomet une impression de susceptibilité, ou de superficielle et naïve fragilité ?

Les prophètes n’ont pas besoin d’être défendus, encore moins d’être protégés par des individus d’une inconsistance notoire, et, parfois, d’une versatilité déroutante. Ils sont protégés et défendus par celui dont ils sont les messagers, et  depuis lors, il n’en a pas envoyé, à notre connaissance, de nouveaux.

Debellahi

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