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A 54 ANS LA MAURITANIE INVENTE SON AGE: « LA MATURESCENCE, » ou le refus de maturité.

Selibaby: écoliers et l’armée nationale ont défilé à l'occasion de la fête de l'indépendance nationale [PhotoReportage]	J’ai écrit ce texte en plusieurs suites, et un peu à la volée. L’occasion du 28 novembre, et les positions lamentables de certains lors d’echanges sur la toile et ailleurs, m’ont un peu pris au dépourvu, ce qui m’a fait décider de ce texte. Je le publierai en plusieurs suites. En voici une page introductive. Bonne lecture. La « maturescence » 
Nous commémorons ces jours-ci ce qui nous reste d’indépendance ; c’est-à-dire rien. Sinon pas grand chose. Plus exactement, nous ne savons plus ce que nous célébrons vraiment en cette date fantasmée du 28 novembre. Tout au plus, et dans l’esprit des rares contemporains qui l’ont vécue, cette date évoque confusément  ce qui est admis être la date de naissance officielle du freluquet Etat Mauritanien.

L’indépendance en elle-même fut un bien doux mot, pour désigner ce qui n’est rien moins que la venue au monde d’une «  république-état », surgie du vide. La France, en nous octroyant ce statut, jumeau avec ses anciennes contrées de l’AOF,  avait bien fait ses comptes : elle ne perdait pas grand-chose, et recouvrait à moindre dépense un peu de poids onusien que les nouveaux grands du monde rechignaient encore à lui laisser.

Mon intention, je vous rassure, n’est ni une auto-flagellation, ni hérisser le poil à certains, encore moins entrer dans l’agrément des autres. Mais le but premier d’une commémoration n’est-ce pas renouveler sans cesse notre relation à un événement, et partant notre compréhension de celui-ci ? C’est ce que nous allons de ce pas essayer de faire, en passant en revue un certain nombre de points sur lesquels, de mon avis, il y a une sorte de « consensus » dans l’erreur.

Nous commencerons par la France, parce que tout simplement l’idée même d’état en Mauritanie commence avec l’arrivée de la France. Nous verrons ensuite tour à tour, et sans complaisance, sous un angle inhabituel, le rôle qu’a joué chaque protagoniste dans cet état naissant de Mauritanie. Les hommes, les tribus, les nationalismes, l’armée, le jeu des influences voisines ou lointaines, l’extrémisme religieux, nationaliste, racial. Tous ont concouru à la situation d’embobine ment et confusion totale dans laquelle tout le monde se perd en ce moment. A partir de là nous pourrons poser les choix qui s’offrent à nous. Eprouver notre volonté ou non à prendre nos responsabilités, pour que jamais ne meurt le seul bien commun  véritable à tous les enfants de ce pays ; l’indépendance.

Je ne vais pas refaire l’exposé sur les atrocités et la brutalité du fait colonial. C’est là un point sur lequel tous conviennent. La France s’est installée dans une bonne partie sud du pays en jouant du dépit des populations face au brigandage qui y sévissait, puis a conquis la plus grande partie du territoire mauritanien par le feu et le sang, lors d’une campagne militaire présentée en métropole comme une simple opération de police ( la fameuse pacification, qui dura tout de même tout l’entre deux guerres. Je n’irai pas jusqu’à penser que paix en Europe égal guerre ailleurs, et vice versa.  Mais j’aurais pu m’adonner à pareil raccourci). Les historiens savent mieux que moi, et l’histoire n’est pas le sujet qui nous intéresse le plus ici.

Le mot indépendance lui-même est totalement inapproprié. L’indépendance peut sans doute convenir pour des pays comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, qui une fois le colonisateur parti redeviennent indépendants. C’est-à-dire des états qui existaient déjà et à qui on aura simplement rendu leur liberté. Que cette liberté ait été recouvrée de gré ou de force ne change pas grand-chose au sens premier du mot indépendance. Pour notre cas il serait plus juste de parler de notre jour de construction nationale, de jour de constitution nationale,  et pourquoi pas de jour national de la constitution tout court, pour ne pas dire de notre « immaculée conception » à nous.  Car nous avons cette chance, que peu de pays ont aujourd’hui : notre république-état est née en même temps que notre constitution. Sans le respect de  cette véritable  pièce d’identité nationale qu’est notre constitution, nous sommes voués au sort inexorable qui attend tout état qui n’est fondé avant tout que sur sa constitution : somali land.

S’il est vrai que la France ne nous a pas demandé notre avis pour nous coloniser, nous devons lui reconnaitre au moins qu’elle n’a pas fait pire : partir sans prendre congé. Imaginez simplement si la France avait plié bagage sans referendum, sans l’étape intermédiaire du gouvernement provisoire, puis sans nous reconnaitre et nous soutenir en tant qu’état indépendant pour entrer et siéger au milieu d’états qui existent depuis des siècles. En faisant tout cela la France a contribué à la naissance de l’état mauritanien plus qu’aucun résistant  n’aurait fait. Rappelons en passant, que la résistance à la colonisation française n’a jamais à aucun moment revendiqué la création d’une république nommée Mauritanie. La plus structurée voulait nous rattacher au makhzen, et au mieux à une « zawiya » maraboutique en dispute avec quelque émir des montagnes.  A ce titre oui, il faut bien le reconnaitre : La république mauritanien est un don de la France, aussi sûrement que l’Égypte est un don du Nil.

Si la France avait quitté la Mauritanie comme l’Espagne a quitté le Sahara, nous aurions au mieux fini en étoffe à rallonge sur le sarouel ou boubou d’un voisin. Au pire nous serions retombés dans les guéguerres de tente, peut-être même serions devenus les talibans avant l’heure…

A suivre…

Ahmed Ould Salek

 

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