https://c2.staticflickr.com/6/5293/5537225811_d3e1279c14_o.jpg

Question et guerre du Sahara mauritanien (suite)

Question et guerre du Sahara mauritanien (suite) (Suite des publications de documents diplomatiques français,
Voir Le Calame des 14 & 28 Décembre 2010 – 4 & 25 Janvier, 8 & 22 Février 2011 – 22 Juillet, 12 Août & 14 Octobre 2014)
Deux données fondamentales du conflit  pour le Sahara mauritanien
Pour le président Moktar Ould Daddah, la non-ratification par le roi du Maroc de l’accord frontalier convenu avec le président algérien en 1972 devant l’ensemble des participants à la conférence annuelle des chefs d’Etat africains, membres de l’O.U.A. a cristallisé la méfiance entre les deux principales puissances maghrébines.
Et au lieu que ce soit – en bonne logique – le sort du Sahara administré par l’Espagne – qui constitue l’enjeu de la rivalité entre elles, ce fut la Mauritanie. Qui en aurait le protectorat ? Les vues du fondateur de la Mauritanie contemporaine étaient tout autres et les plus continues.

S’il fut avéré dès le début du conflit que les tribus et fractions Regueibat se partageaient entre Maroc, Algérie et Mauritanie pour les alliances politiques, ce conflit-même démontrait que ce qui était belligène et le demeure est le partage de l’ensemble du Sahara mauritanien entre divers pays sans qu’aucun n’y place vraiment sa substance et son équilibre. Seule, la République Islamique, capitale Nouakchott, l’a fait dès Juillet 1957.

Le conflit aurait cependant pu être évité si des relations de confiance s’étaient maintenues entre les trois chefs d’Etat concernés par la décolonisation espagnole. Moktar Ould Daddah, soutien de l’indépendance algérienne dès le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, pouvait escompter l’amitié et la fidélité d’Houari Boumedienne.

Celles-ci disparurent dès que l’Algérie fut mise en demeure d’honorer sa constante protestation de désintéressement pour la Seguiet El Hamara et l’Ouad Deheb. Au contraire, de 1969 à 1978, grandirent et se maintinent les relations de confiance mutuelle entre le président mauritanien et le roi Hassan II.

Dans ses mémoires – la Mauritanie contre vents et marées (éd. Karthala. Octobre 2003. 669 pages disponible en arabe comme en français) – le Président caractérise comme suit sa relation avec le Marocain puis avec l’Algérien : saisissant contraste.

Hassan II citation – Comme il était inévitable compte tenu de la nature des rapports maroco-mauritaniens, de 1957 à 1969, mes relations avec le Roi Hassan II étaient, tout au début, dominées par la méfiance, méfiance que chacun de nous cherchait à habiller diplomatiquement. Puis, avec le temps et, surtout, avec l’évolution du problème du Sahara, nous avons appris, malgré nos différences nombreuses et profondes, à nous connaître et même à nous estimer mutuellement.

Le mérite de cette évolution favorable de nos relations personnelles et étatiques, revient principalement à mon partenaire. C’est en effet grâce à ses efforts et surtout à ses concessions, que la confiance est née entre nous, particulièrement après qu’ait éclaté la guerre du Sahara. Forts de cette confiance de plus en plus partagée, nous avons réussi à bâtir une coopération bilatérale avantageuse pour nos deux pays, coopération qui englobait tous les domaines importants : diplomatique, économique, culturel et naturellement, militaire.

Ce serait un lieu commun de dire que Hassan II est un grand homme d’Etat : la plupart des observateurs, sinon tous, qui l’approchèrent sont d’accord sur ce point. Mais, comme tout un chacun, il avait ses qualités et ses défauts. Doué d’une grande intelligence et d’une vive agilité d’esprit, il était parfois amené à adopter simultanément des attitudes proches de la contradiction.

Cependant, grâce à sa remarquable habileté, il arrivait subtilement et rapidement à se corriger. Grand patriote, il ne s’encombrait pas de scrupules quand la défense des intérêts de son pays lui dictait d’adopter telle ou telle attitude : mais, quel Chef d’Etat responsable agirait différemment ?

Malgré nos désaccords sur certains problèmes, il a toujours eu avec moi un comportement parfaitement convenable, comportement empreint d’estime, de considération et même de respect, surtout après le commencement de la guerre. Pendant cette période que nous affrontions ensemble, il n’a jamais cherché à tirer profit de sa position de force, à se montrer arrogant, donc à nous humilier. En un mot, il a été un allié loyal et respectueux de ses engagements. Respectueux aussi à l’égard de son partenaire plus faible que lui. Un comportement digne d’éloges. – fin de citation pp. 479-480

Boumedienne – citation – Quant à nos relations personnelles, Si Boumedienne et moi-même, relations dont dépendaient les rapports entre nos deux pays, elles sont restées, jusqu’en 1975, parfaitement amicales et confiantes. Nous étions tout à fait à l’aise l’un avec l’autre : de vrais amis. Nous parlions de tous les problèmes, nationaux et internationaux. Et nous étions toujours d’accord sur l’essentiel.

Une anecdote illustre le degré de confiance mutuelle entre nous. Durant mes premières vacances algériennes, celles de l’été 1970, Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires Etrangères, vient un jour me voir. Il me déclare, à peu près : “…. M. le Président, vous êtes pour Si Boumedienne le seul ami avec lequel il discute de tous les sujets, puisqu’il a une grande confiance en vous.

C’est la raison pour laquelle il tient compte de vos avis et conseils. Aussi, je me permets de vous demander de lui suggérer de s’occuper davantage de la politique extérieure, africaine en particulier. Lui conseiller de voyager à l’étranger pour voir et connaître d’autres expériences que la nôtre à laquelle il se consacre entièrement depuis qu’il dirige le pays.

Bien entendu, le Président n’est pas au courant de ma démarche. Mais connaissant vos liens personnels si confiants et si amicaux, je sais que je ne le trahis pas en la faisant ”. J’effectue la démarche comme si elle était mienne et Si Boumedienne me promet d’en tenir compte tout en me remerciant de l’avoir faite. La suite des événements prouva qu’il en a tenu compte.

Durant la conférence au « sommet », du 8 au 10 Août 1975, Boumedienne eut vis-à-vis de moi un comportement diamétralement opposé à celui qui était toujours le sien en pareilles occasions. Non seulement il ne demanda pas à me voir comme il le faisait habituellement, lors de ce genre de réunion, mais il m’évitait dans les couloirs de la conférence, dans les conciliabules informels qui se faisaient par petits groupes, entre Chefs d’Etat amis ou ayant des affinités ou des positions communes.

Ce que voyant, je n’ai pas cherché son contact sauf quand j’ai appris qu’il quittait Kampala avant la fin du « sommet ». J’ai alors chargé le directeur du protocole de contacter son homologue algérien pour lui faire part de mon désir de rencontrer son Président avant son départ. Celui-ci répondit qu’il allait le saisir et téléphoner sa réponse, ce qu’il ne fit pas. J’en conclus que Si Boumedienne, en refusant de me rencontrer, tenait à me montrer son mécontentement, sans vouloir me le dire franchement comme le font des amis. Pourquoi ? Je n’allais plus tarder à le savoir …

fin de citation pp. 483, puis 497

S’agissant d’autres relations qui auraient dû être également de confiance – dans la question saharienne – c’est aux opposants intérieurs tels qu’Ahmed Baba Ould Ahmed Miske, Brahim Ould Derwich, Cheikh Malainine Robert, ou aux représentants saharouis de toujours comme Ould Joumany ou El Ouali, s’ils avaient vécu, d’en témoigner. Tous Mauritaniens, donc tous Sahariens. Bien au-delà de tout intérêt, et longtemps le secrétaire général du Front, vêtu comme tout Mauritanien, s’appelait Mohamed Ould Abdel Aziz sans que personne ne pense qu’un jour un homonyme…

Bertrand Fessard de Foucault – Ould Kaïge
o OOO o

ED/JT

Ambassade de France au Maroc n° 83/ANL

Secret

Rabat, le 23 Mai 1973

Claude Lebel, ambassadeur de France au Maroc

À son excellence monsieur Michel Jobert,

Ministre des Affaires Etrangères – Direction Afrique du Nord et Levant.

A/S. – Relations maroco-algériennes. –

Par ma communication du 22 Mai, j’ai fait part au Département des premiers commentaires que m’inspirait le voyage éclair qu’a fait avant-hier à Alger, M. Ahmed Osman, Premier Ministre, chargé d’un message personnel de Hassan II au Président Boumedienne.

Ce voyage, parfaitement inopiné – la seule information publiée ici à ce sujet était celle de l’agence Reuter, reprise par « L’Opinion » du 21 Mai, relative au report de la date initialement prévue pour ce déplacement – est une raison parmi plusieurs autres de faire, un peu moins d’un an après la réconciliation solennelle qui avait eu pour cadre la Conférence au Sommet de l’O.U.A., le point des relations maroco-algériennes, en particulier à la lumière des indications recueillies ici mais aussi par nos ambassadeurs à Alger (communication du 19 Mai), à Tunis (communication du 16 Mai) et à Nouakchott (communication du 11 Mai).

On se souvient des conditions dans lesquelles Hassan II et le Président Boumedienne avaient, le 15 Juin1972, devant les quarante délégations réunies pour la séance de clôture de la Conférence de Rabat, scellé solennellement la réconciliation du Maroc et de l’Algérie, préparée depuis plusieurs années par le traité d’Ifrane, la déclaration de Tlemcen, les entretiens de Mohammedia et ceux que les deux chefs d’Etat avaient eu dix jours auparavant à Rabat.

La signature de deux conventions relatives, l’une à la délimitation des frontières, et l’autre à la mise en commun du gisement de Gara Djebilet, traduisaient la résolution des deux chefs d’Etat d’ « extirper les causes des événements douloureux qui avaient, pour un temps, troublé la sérénité des rapports entre les deux pays frères, afin d’en effacer les traces à jamais ».

En contrepartie de la renonciation officielle du Maroc à ses revendications territoriales à l’égard de l’Algérie, Hassan II obtenait – indépendamment de l’association à l’exploitation du Gara Djebilet – une déclaration, à ses yeux beaucoup plus importante, du Président Boumedienne affirmant sa solidarité totale avec le Maroc « dans la lutte qu’il mène pour rétablir sa souveraineté sur ses territoires qui demeurent encore sous domination coloniale ».

Toutefois, s’agissant du Sahara espagnol, le chef de l’Etat algérien ajoutait qu’il conviendrait « le moment venu, de mettre en application la politique définie à Nouadhibou ». Le Roi paraît n’avoir retenu, de ces deux phrases plus ou moins compatibles l’une avec l’autre, que la première, ce qui pourrait bien avoir été à l’origine des malentendus ultérieurs.

Passée relativement inaperçue à l’époque, cette ambiguïté allait apparaître dans toute sa netteté lors de la session de l’Assemblée des Nations Unies, en Novembre-Décembre 1972. Les manœuvres de M. Benhima à New-York – tirant parti à la fois de son expérience des couloirs de l’O.N.U. et de la situation de président en exercice de l’O.U.A. de son souverain – tenter de forcer la main des « autres pays intéressés » et obtenir une solution du problème du Sahara pleinement conforme aux vœux de Hassan II, devaient irriter vivement les Algériens.

Dans l’immédiat, les réserves suscitées chez ceux-ci, mais aussi chez de nombreuses autres délégations [i] (+), par l’acharnement marocain entrainaient des modifications du texte initial de la résolution de l’O.N.U. telles que le Maroc décidait finalement de s’abstenir au sujet de celle-ci.

Outre le demi-échec (pour le moins) qu’elle représentait pour Rabat, cette affaire ouvrait une première brèche dans l’édifice encore tout frais de la réconciliation maroco-algérienne. Intervenant quelques jours après, la décision unilatérale du Président Boumedienne de favoriser l’entrée de la Mauritanie dans la communauté maghrébine et le parrainage ostentatoire accordé à Nouakchott à partir de la fin de Décembre, peuvent d’ailleurs, être considérés comme une mesure limitée, mais incontestable, de rétorsion vis-à-vis des initiatives sahariennes du Maroc.

L’annonce par le Roi, le 22 Février, de l’envoi en Syrie d’un corps expéditionnaire acheminé par l’Algérie devait fournir un nouvel aliment au malaise naissant entre les deux pays, en irritant la susceptibilité du Président Boumedienne plus, sans doute, par une publicité assez désinvolte à son égard, que par la décision elle-même, décision dont la Syrie l’avait amené à faciliter la décision.

Toutefois, c’est, apparemment, dans les événements de Mars dernier – incidents, contemporains de la Fête du Trône, entre forces de l’ordre et guerilleros provenant notamment de Libye et infiltrés à partir du territoire algérien – qu’il faut chercher l’origine profonde des difficultés que traversent à l’heure actuelle les relations maroco-algériennes.

L’idée, impossible à écarter – surtout, semble-t-il, après aveux de prisonniers – que ces guerilleros avaient bénéficié de complaisances, sinon de complicurés, algériennes, au moins au niveau local, a naturellement provoqué chez les autorités marocaines une crise de confiance d’autant plus désagréablement ressentie que ces autorités pouvaient, après les accords de Juin dernier, s’estimer en droit d’attendre, de leurs partenaires algériens, les dispositions les plus compréhensives, voire les plus amicales à leur égard.

L’affaire était considérée par le Roi comme d’une gravité suffisante pour l’amener à dépêcher d’urgence à Alger, le 12 Mars, son ministre des Affaires Etrangères, très varisemblablement chargé d’exposer les faits au Président Boumedienne et de lui en demander des explications. C’est semble-t-il, cette même affaire qui était l’objet de la mission qui devait être confiée, cinq semaines plus tard, à M. Bouteflika, reçu deux fois par le Roi (23 et 25 Avril).

Tandis que les Marocains commençaient à être en droit de se poser des questions au sujet de l’attitude d’Alger, les Algériens, – l’Ambassadeur d’Algérie vient de nous le confier – devaient faire, à leur tour, la désagréable découverte, après la publication du dahir du 2 Mars nationalisant les terres étrangères, qu’il n’était pas évident que les propriétés appartenant à leurs ressortissants échapperaient à cette mesure, contrairement à l’interprétation, qui leur paraissait aller de soi, des accords d’établissement maghrébins (le sort de ces propriétés serait, d’ailleurs, toujours pendant à l’heure actuelle, aucune réponse n’ayant encore été donnée à la note verbale remise à ce sujet par l’Ambassade d’Algérie). La tentation est grande d’établir un rapport entre ces atermoiements et les doutes inspirés au gouvernement marocain par le comportement des Algériens.

Mais le différend ne devait pas se limiter au plan bilatéral. La récente conférence de Nouakchott (cf. communication du 11 Mai de Nouakchott) a montré que, si les Algériens ne se considéraient pas comme partie directement prenante dans l’affaire du Sahara espagnol, ils n’avaient nullement pour autant l’intention de se désintéresser de celle-ci.

Non seulement aucun progrès n’a été réalisé dans le rapprochement des points de vue, mais, comme l’a rapporté notre Ambassade à Nouakchott (cf. communication précitée), les débats semblent avoir encore accusé le clivage entre le représentant marocain et ses collègues algérien et mauritanien, ces deux derniers manifestant, face aux positions tranchées de M. Benhima, une identité de vues particulièrement remarquée, et qui n’a d’ailleurs fait que se renforcer depuis que l’Algérie a pris en quelque sorte sous sa « protection » la Mauritanie, il y a cinq mois.

La déception sérieuse provoquée chez les Marocains par cette position si éloignée de celle qu’ils s’estimaient en droit d’attendre d’Algéer (cf. ma communication du 8 Mai) devait avoir toutes raisons de se transformer en amertume profonde avec la ratification soudaine et spectaculaire, à la limite de la provocation (cf. communication d’Alger du 19 Mai), des conventions sur le tracé des frontières et sur la mise en valeur du Gara Djebilet, à laquelle procédait, quelques jours plus tard (17 Mai), le Président Boumedienne. Cette ratification met, en effet, Hassan II dans une position particulièrement délicate, au moment où s’ouvre à Addis Abeba la session de l’O.U.A. faisant directement suite à celle-là même qui avait cautionné la signature de ces accords.

Le voyage que vient de faire à Alger M. Osman a, selon toute vraisemblance, été déterminé par cette fort peu amicale initiative. Il est possible qu’il soit lié également aux infiltrations de guerilleros, dont on a lieu de penser (cf. ma communication du 22 Mai) qu’elles n’ont pas cessé, tandis que l’on eput se demander si le Président Boumedienne a fait tout ce qui était en son pouvoir pour y mettre fin.

Mais il est encore plus probable que ce voyage a eu en fin de compte pour objet, comme je l’ai déjà indiqué au Département, de mettre les dirigeants de l’Algérie devant leurs responsabilités générales vis-à-vis du Maroc, surtout si, comme on peut le penser, Hassan II a eu plus ou moins vent des desseins du chef de l’Etat algérien (cf. communication de Tunis du 16 Mai) de lancer un processus d’unification maghrébine incluant – outre l’Algérie et la Tunisie – la Mauritanie et la Libye et excluant le Maroc.

Le Roi ne peut que se rendre compte que, si le Président Boumedienne a, comme cela paraît probable, l’intention de chercher à saper par tous les moyens les projets d’union libyo-égyptienne et d’attirer la Libye dans l’orbite maghrébine, il lui faut, en l’état actuel des choses, faire un choix, au moins provisoire, entre deux régimes difficilement compatibles et s’excluant d’ailleurs formellement l’un l’autre. On conçoit l’amertume profonde, déjà perceptible dans les propos tenus il y a trois semaines à M. De Lipkowski (cf. mes communications des 4 et 5 Mai), que peut éprouver le Roi du Maroc à l’égard de l’Algérie et quelles arrière-pensées il peut être, dans ces conditions, enclin à prêter aux « frères » voisins, que l’on entend qualifier ici de plus en plus couramment de « Prussiens du Maghreb ».

Quelles peuvent être les réactions du chef de l’Etat marocain ? Pour peu que le Président Boumedienne juge nécessaire, dans les semaines qui viennent, de faire un geste public en direction du Colonel Kaddafi, il serait pour le moins difficile au Roi de ne pas manifester, publiquement aussi, sa mauvaise humeur.

Indépendamment même de cette hypothèse, il n’est pas impossible que Hassan II, cédant à son tempérament personnel, soit tenté de chercher dans un durcissement du différend, voire dans une remise en cause des accords conclus avec l’Algérie – sinon éventuellement dans une tension aux frontières –, un remède (ou un palliatif), apparent mais commode, aux difficultés tant intérieures qu’extérieures qui sont actuellement les siennes.

Il semble, toutefois, qu’il ait trop de sens politique pour ne pas voir qu’il s’enferrerait ce faisant, et qu’il se priverait délibérément de toute occasion de renouer avec le Président Boumedienne une amitié qui est en fin de compte plus que jamais garante de sa propre sécurité. /.

o OOO o

Rabat, le 7 Juillet 1973

à diplomatie Paris n° 1445/1446

directeurs

A/S : Sahara espagnol
Le Département se souvient de l’article de Magrheb Informations du 25 Mai, relatif au « Morehob » [ii] qui avait mis l’accent sur l’ambiguité de la position algérienne (mon télégramme n° 1161).

« L’Opinion » de ce jour, évoquant l’exemen du problème du Sahara devant le Comité spécial de l’ONU, va encore plus loin : le rédacteur de l’article – qui paraît bien écrire noir sur blanc ce que l’on pense dans les milieux proches du pouvoir – rappelle que les « parties intéressées » ont souscrit au principe de l’autodétermination, et affirme que, pour elles, le problème ne se pose pas comme pour le Maroc.

Il estime qu’elles ont intérêt au maintien des frontières héritées du colonialisme car « le fait que le Maroc puisse retrouver ses frontières d’avant le protectorat nuirait considérablement à ces ‘parties’ dont l’une a profité du partage colonial pour étendre son territoire et l’autre pour s’ériger en tant qu’entité souveraine » [iii]. Le rédacteur poursuit en rejetant catégoriquement le principe d’ « autodétermination », le Sahara espagnol étant « marocain ».

Au moment où la presse a fait état de la publication de l’accord sur les frontières et où l’on envisage comme proche la réunion des trois chefs d’Etat sur le Sahara « occupé », cet article ne facilite en rien la tâche du souverain et n’est pas de nature, bien au contraire, à améliorer l’atmosphère des relations maroco-algériennes./.

Lebel

o OOO o

Ambassade de France en Mauritanie n° 291 DAM

JM/DC

Nouakchott, le 16 Octobre 1974

Henri Gauthier, ambassadeur de France en Mauritanie

à Son Excellence Monsieur Jean Sauvagnargues, Ministre des Affaires Etrangères – Direction des Affaires Africaines et Malgaches

A/S. – de propos marocains sur le Sahara espagnol

Prenant prétexte d’une demande de renseignements au demeurant anodins, M. Hakim Semlali, ambassadeur du Maroc à Nouakchott a, de fort bonne heure pour ces temps de Ramadan accordé une longue entrevue en sa résidence personnelle à l’attaché militaire de cette ambassade. Très vite, la conversation a pris le tour d’un plaidoyer en faveur des thèses marocaines sur le Sahara espagnol.

D’emblée, l’ambassadeur posait en principe que son pays était absolument opposé à l’organisation d’un referendum par l’Espagne. La conjoncture internationale et des considérations de politique intérieure avaient déterminé son souverain à durcir son attitude.

L’exemple de la révolution portugaise, dans une Espagne affaiblie par la maladie du Caudillo, avait amené certains jeunes officiers de ce pays à se poser des questions sur le régime franquiste. Outre que l’Espagne restait maintenant aux yeux du monde le seul pays colonisateur, son armée n’avait pas l’homogénéité nécessaire pour mener une campagne outre-mer.

L’attitude très ferme du roi Hassan II lui avait permis de réaliser « l’union sacrée » et de rallier à sa personne jusqu’aux mouvements d’opposition les plus résolus. Dans ces conditions, la politique marocaine se devait d’écarter l’hypothèse d’un échec sur le plan extérieur.

Elle entraînait l’obligation de se développer jusqu’à son terme, même si celui-ci devait être le conflit armée : « Nous pouvons perdre jusqu’au million d’hommes. Cela résoudra le problème du chômage chez nous (sic !). L’Espagne ne peut pas en faire autant ». Si, le 17 Septembre, le roi n’avait pas annoncé l’entrée en guerre des troupes marocaines, c’était uniquement par souci de conciliation, pour sauver la dernière chance d’une solution négociée.

Toutefois, si l’Espagne persistait dans son attitude, la confrontation serait inévitable. L’ONU, bien sûr interviendrait mais le Maroc était décidé à pousser ses avantages au plus loin sur le terrain. L’exemple de Chypre était encourageant…

Si, par contre, l’Espagne faisait preuve de compréhension, le Maroc, soucieux comme toujours de respecter les intérêts des pâys amis et connaissant la valeur des investissements déjà réalisés, était prêt à composer tant en ce qui concernait les phosphates ou la pêche que d’éventuelles bases militaires couvrant celle des Canaries.

La détermination du Maroc était confortée par des appuis très précis. L’Egypte, la Syrie, l’Arabie Saoudite, les Emirats, l’Iran, la Jordanie, la Tunisie l’avaient formellement assuré de l’envoi de contingents armés en cas de conflit. C’était assez dire que la guerre imposerait à l’Espagne une rupture quasi-générale avec le monde arabe. Il en serait de même de la Corée du nord dès que les relations diplomatiques avec celle-ci seraient établies, ce qui était imminent.

Boumediène lui-même avait dit au roi : « Au premier coup de feu espagnol, toute mon armée est à votre disposition ». L’ambassadeur ajoutait : « Mais, bien sûr, nous n’en voulons surtout pas… ». Il suffirait à son pays que l’Algérie se contentât de fermer les vannes du gaz qui alimente les industries de Barcelone.

Au soutien actif des pays frères s’ajouterait la neutralité amicale des pays occidentaux, l’installation marocaine sur la façade atlantique du Rio de Oro écartant le danger de voir s’y implanter des bases soviétiques ou chinoises.

Cette dernière considération valait aussi pour le Royaume chérifien. Il y avait, en toute, nécessité urgente de freiner l’influence grandissante de l’Algérie dans le monde arabe et africain. Les mouvements de libération du Sahara avaient en effet promis à celle-ci un couloir d’accès à l’Atlantique en échange du soutien financier et militaire qui leur était déjà acquis. Que le Sahara devînt indépendant ou mauritanien, c’était un succès algérien et l’encerclement du Maroc par un pays dont le régime était à l’opposé du sien.

Assuré de l’appui de son peuple et de celui de la plupart de ses frères, le roi du Maroc était déterminé à crever l’abcès algérien. Il n’en demeurait pas moins encore disposé à accepter un referendum sous le contrôle de l’ONU.

Mais il y mettait deux préalables : le départ de tous les étrangers, y compris les 71.000 soldats espagnols et le retour sur leur terre d’origine de tous les exilés dont quelques-uns se trouvaient en Algérie ou en Mauritanie mais dont l’immense majorité vivait au Maroc. Ces deux conditions remplies, le choix des populations sarahouies en faveur du Maroc ne faisait aucun doute.

Il y avait, certes, un litige avec la Mauritanie mais une négociation directe, écartant délibérément l’Algérie, allait permettre de le resoudre. L’arbitrage de la Cour internationale de La Haye qui ne pouvait que consacrer les droits marocains permettrait à M. Moktar Ould Daddah de se retirer de la compétition sans perdre la face.

Il allait de soi que le Maroc serait ensuite tout disposé à accepter des modifications de frontières sur lequelles on s’entendrait facilement entre voisins. Ce point de vue avait été exposé au ministre mauritanien des Affaires Etrangères le 14 Octobre et aurait rencontré auprès de lui le meilleur accueil.

L’ambassadeur s’apprêtait à montrer à notre attaché militaire le télégramme qu’il avait envoyé à Sa Majesté à propos des assurances mauritaniennes qu’il aurait reçues, lorsqu’un appel téléphonique de Rabat est venu malencontreusement mettre un terme à un entretien qui durait depuis près d’une heure et demi.

En définitive, M. Semlali a semblé aussi assuré du succès de son dossier à la Cour de La Haye que M. Mouknass le paraissait du sien (ma communication du 14 Octobre). L’un et l’autre se disent les seules parties intéressées au sort du Sahara espagnol et également soucieux de se sauver réciproquement la face afin d’éviter soit que « les éléments amées marocains » soit que « la jeunesse mauritanienne toute acquise à l’opposition » ne se retournent contre leurs régimes respectifs.

Il est bien évident que les propos tenus par mon collègue marocain étaient à mon usage. Très conscient de ses bonnes origines fassies, de ses attaches avec le Cabinet royal dont il est issu, fier d’être un des plus jeunes ambassadeurs en Mauritanie alors que son pays y joue une partie fort délicate, faisant volontiers étalage de sa culture islamique, passablement naïf, M. Semlali est un personnage complexe.

Ses propos sont pris avec moins de sérieux par ses collègues que par lui-même. Il convient donc d’apprécier son discours avec de grandes réserves. Il n’en reste pas moins qu’il vient de passer son mois de vacances en mission pour se trouver successivement à la fin du mois d’Août en Russie, en Chine et en Corée du Nord. Il a eu tout le temps, au cours de ce long périple, d’apprendre et répéter la leçon qu’il a si bien récitée au Colonel Durandeu./.

o OOO o

Confidentiel Défense (sans date mais probablement rédigée en 1976 par l’attaché militaire près l’ambassade de France à Nouakchott) Positions prises vis-à-vis du Front Polisario par les différentes tribus et fractions Regueibat Lgouacem et Sahel, nomadisant habituellement en Mauritanie.

La Confédération Regueibat se divise en deux gros groupements :

les Regueibat du « Carq » (est) ou » Lgouacem »

– les Regueibat « Sahel»

Comme leur nom l’indique, on trouvera les Regueibat « Sahel » dans la frange désertrique située à proximité de l’océan et les Regueibat « Ech Charq » dans l’intérieur même du désert.

Les zones de parcours de ces deux groupements peuvent être assimilées grossièrement à deux croissants dont les surfaces concaves se feraient face et dont les pointes iraient se rejoindre au nord en Segiet Et Hamra et au Maroc méridional, au sud dans le massif de l’Adrar.

Les Regueibat « Lgouacem ».

Principales fractions Zones principales de parcours

Ahel Brahim ou Daoud Maroc Méridional, Seguiet el Hamra, Tindouf, Nord et Est de la Mauritanie, Nord du Mali

Lebouheiat Seguiet el Hamra, Bir Moghrein, Tindouf Leyaca Tindouf, Nord et Est de la Mauritanie

Fogra Maroc Méridional, Tindouf, Nord et Est de la Mauritanie

Du fait de leur situation géographique, les « Lgouacem » sont, parmi les Regueibat, ceux qui ont le plus subi l’influence algérienne

Aussi estime-t-on que la majeure partie des fractions désignées ci-dessus sympathisent avec le Front Polisario ; beaucoup combattent dans ses rangs et leurs familles peuplent les camps de réfugiés de Tindouf.

Toutefois les principaux chefs de la fraction Lebouheiat, et parmi eux El Khattri Ould Said Ould Joumani, ont officiellement pris parti pour le Maroc.

Les Regueibat « Sahel».

Principales fractions Zones principales de parcours

Ould Moussa Tiris oriental, Tindouf, Tagant

Souad Zemmour, Bir Moghrein, Tiris oriental

Lemodhin Zemmour, Nord et Est de la Mauritanie

Ould Daoud Tiris, Nord et Est de la Mauritanie, Néma, Mali

Ould Bourhim Zemmour, Bir Moghrein, Aïn Ben Tili
Ould Cheikh Tiris occidental

Ould Taleb Seguiet el Hamra, Zemmour, Tiris

Tahalat Zemmour, Ain Ben Tili, Bir Mghrein, Tindouf, Tiris

Après la décolonisation du Sahara occidental, les principaux chefs des Ould Cheikh  et quelques-uns de Souad se sont rangés du côté mauritanien ; la fraction des Ould Taleb aurait choisi le camp marocain.

En revanche, les membres les plus influents des Ould Moussa sont actuellement à Tindouf et la fraction Tahalat fournirait bon nombre de combattants du Front Polisario.

Avis de l’Attaché des Forces Armées

Les indications rapportées ci-dessus n’ont vraisemblablement, pour la plupart, qu’une valeur indicative.

En effet, mettant à profit leur situation privilégiée sur le plan géographique, les Regueibat ont pendant des décennies joué sur tous les tableaux, se ménageant des appuis de tous les côtés. Si donc, à la suite des événements au Sahara occidental, chaque fraction a pu opter en fonction de ses intérêts immédiats, la divergence même des positions prises au sein du groupe n’est pas sans rappeler les voies traditionnelles de la politique regueibi.

Car les Regueibat n’ont certainement pas renoncé à leur vieux rêve d’indépendance ; c’est pourquoi, malgré la méfiance que leur inspire l’Algérie, leur sympathie ne saurait, ouvertement ou discrètement, faire défaut aux combattants du Front Polisario./.

[i] – note en bas de page de la dépêche de l’ambassade de France au Maroc, en date du 23 Mai 1973

Sans parler des mouvements prétendant représenter les populations sahariennes, comme le Morehob, qui, s’étant d’abord installé à Rabat, devait décider, en Mars 1973, de transférer son siège à Alger, et qui vient d’adresser à l’O.U.A. (et à l’O.N.U.) une demande de reconnaissance comme seul porte-parole des Sahraouis, en déplorant l’attitude ambiguë du Maroc vis-à-vis de l’Espagne et en faisant appel à l’esprit de Nouadhibou.

[ii] – la prochaine livraison de ces documents diplomatiques présentera ce mouvement né au Maroc en 1972 et ayant transféré en Mai 1973 son siège à Alger

[iii] – l’Algérie gratifiée de Tindouf et la Mauritanie indépendante

Source : Le Calame (Mauritanie)

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire