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10 Juilliet 78 : Capitaine Athié Hamat princpal architecte du coup d’Etat raconte

10 juillet 78 au 10 juillet 2014 : 36 ans déjàJe vais vous conter le 10 juillet 1978, et on est toujours à l’aise lorsque ce que l’on relate a des témoins encore vivants ; Dieu merci il y en a et ils me serviront de censeurs. Comme je le disais dans un article passé dans le n°……… ;;;; de Nouakchott Info du…… ; avec moi seuls le Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck et le Capitaine Cimper Gabriel (j’ai préféré garder les appellations d’alors) peuvent dire ce qui s’est passé entre le 9 juillet de 6 heures du matin au lendemain à 9 heures. En effet, le coup d’Etat initial devait avoir lieu dans la nuit du 8 au 9 juillet 1978 et pour ce dernier tous les acteurs qui y étaient impliqués étaient naturellement au courant.
Je ne vais pas parler dans le présent propos de ce qui a amené les officiers de l’Armée Nationale alors Armée républicaine à prendre le pouvoir, presque malgré eux, ceci fera peut-être l’objet d’un écrit plus tard.
Je dirai tout de même que ce coup d’Etat n’était pas spécifiquement dirigé contre le Président Mokhtar Ould Daddah que nous respections tous, mais plutôt contre ceux qui, autour de lui, faisant fi de nos réalités et de nos possibilités ont entraîné le pays dans une guerre dans laquelle les forces armées se sont engagées corps et âmes sans moyens ; aucun soldat, aucun sous officier, aucun officier n’a hésité à aller se battre comme on dit « sans hésitation ni murmure ».
Avec le temps, la lucidité qui aurait dû prévaloir a fait place à l’irrationalité et à l’entêtement des hommes politiques qui n’avaient d’égal que l’engagement des militaires au front, au prix de pertes sévères en vies humaines et de centaines de blessés ; parallèlement, les financements destinés au bien-être du peuple et au développement du pays étaient engloutis dans l’achat de véhicules et d’avions de combats, d’armes et de munitions pour soutenir l’effort de guerre.
Pendant que cela se passait au front, l’arrière pays (qui seul permet à un front de tenir) baignait dans la fiesta et la propagande et les soldats permissionnaires qui venaient à Nouakchott étaient déboussolés et le moral en prenait un grand coup.
Le PPM (Parti du Peuple Mauritanien), monolithe usant de la dialectique des régimes totalitaires, de BPN en congrès assénait « Cette guerre qui nous est imposée », « Le Sahara est Mauritanien » et plus tard « Le Ouad Dheheb est Mauritanien « malgré les promenades de santé des sahraouis chez nous arrivant par deux fois jusqu’à Nouakchott, continuait à ne pas comprendre que c’est l’existence même de la Mauritanie qui était en jeu et c’est cette existence qu’il fallait défendre en arrêtant la guerre…
Je reviens au 8 juillet 1978. Ce jour là devait avoir lieu le coup d’Etat, plus précisément dans la nuit du 8 au 9 ou le 9 à l’aube.
Pour ce faire, les régions militaires du Nord et de l’Ouest avaient fait mouvement sur Nouakchott où elles devaient arriver dans la matinée du 9 pour sécuriser le coup d’Etat et faire face à toute opposition intérieure ou intervention extérieure ; dans la même nuit du 8 au 9 ces forces se trouvaient au Nord d’Akjoujt.
Sur un autre plan, des personnalités civiles, membres du BPN qui étaient de connivence avec les concepteurs du coup d’Etat étaient chargés de faire traîner les travaux du BPN (bureau politique national) jusque tard dans la nuit ou au mieux jusqu’à l’aube, ce qui permettait aux éléments de la 6ème région militaire de Nouakchott (super équipée suite aux attaques du Polisario jusqu’à la capitale par deux fois) de réaliser le coup de force ; cette aile civile a retardé les travaux le plus longtemps possible et la séance du BPN a pris fin vers trois heures du matin. Certains amis et moi qui attendions avec impatience (n’ayant pas dormi depuis 48 heures et les troupes étant consignées au quartier) avons vu le jour se lever sans qu’il ne soit rien passé du côté de l’action militaire.
A partir de mon PC au génie militaire (garnison située à 6 kilomètres de la capitale sur la route de Toujounine), j’ai appelé le Capitaine Cimper vers 07 heures le dimanche pour m’enquérir de nouvelles ; il est passé me prendre au Génie et nous sommes allés au domicile du Colonel Moustapha, chef d’Etat Major national à la « cité cadre », sur la route de la plage afin de puiser l’information à la source. Nous l’avons trouvé en grande discussion avec un officier supérieur et étant Cimper et mois des Capitaines, nous nous sommes tenus à distance mais des échos des propos échangés nous parvenaient quand même.
Lorsque le Colonel Moustapha se trouva seul, nous le saluâmes et il nous voyait à peine, tellement il était hors de lui. Il nous fit comprendre que l’action prévue n’avait pas eu lieu, qu’il avait ordonné aux forces du Nord et de l’Ouest de rester sur place jusqu’à nouvel ordre ; ce qui nous travaillait tous, c’est que le président Moktar Ould Daddah devait aller à Khartoum au Soudan pour un sommet de Chefs d’Etat le lundi 10 juillet à 06 heures du matin.
Après les explications succinctes que le Colonel Moustapha a eu la gentillesse de nous donner avec un visage soucieux, j’ai eu l’outrecuidance de lui dire que nous allons essayer de rattraper cela ; il ne jugea même pas utile de répondre ou de commenter une réflexion venant du Capitaine Athié directeur du génie militaire commandant environ 250 soldats certes mais plus aptes à manier la pelle, la pioche et les engins de travaux publics que les armes lourdes ; il oubliait peut-être que lors de mes formations (Ecole d’application du génie à Angers, Ecole d’application de l’infanterie à Montpellier, école supérieure du génie à Versailles), la stratégie et les tactiques de combat occupaient une place centrale dans les cours et les exercices et manœuvres.
Lorsque Cimper et moi repartîmes dans sa voiture, je lui précisai ma pensée et il me dit que c’est jouable. Nous nous rendîmes d’abord à la 6 (comme on appelle la 6ème région militaire) sur la route du 1er, après le Garim et nous rencontrâmes les soldats en tenues de sortie (c’était cela à l’époque) qui allaient en permission car on leur avait donné quartier libre jusqu’au lundi. Etonnant ! Mais cela arrangeait nos desseins d’autant que même les officiers étaient en tenue civile.
Après quoi nous nous rendîmes au Génie et autour d’un petit déjeuner dans mon salon, nous avons commencé à ébaucher les grandes lignes des actions à mener. Il me quitta vers 11 heures pour se rendre à ses bureaux à l’Etat Major (il était directeur du matériel) pour préparer le côté matériel de l’opération que nous avions arrêtée ensemble et pour ce faire il disait pouvoir compter sur son adjoint, le lieutenant Thuriaf qui lui était très fidèle.
En effet, pour le peu de temps dont nous disposions et la discrétion absolue indispensable pour une action que Cimper et moi appelions « Opération Kamikaze », il fallait reposer sur des officiers sûrs que nous avions recensés mais qu’il fallait impliquer le moment venu et il était même convenu que tout officier contacté hésitant ou refusant serait « mis au frais » au génie jusqu’à la fin de l’action ; il est heureux que je n’ai pas eu à le faire tellement les officiers d’alors étaient des hommes d’honneur et de courage.
Vers 13 heures, je quittai le Génie avec ma famille pour un déjeuner prévu chez ma sœur qui habitait le Ksar, tout en renouvelant la consigne au quartier de mes soldats en rappelant que l’alerte était toujours maintenue.
A 16 heures, Cimper nous rejoint au Ksar et nous fîmes un tour en ville pour voir l’ambiance qui y régnait notamment autour des Etats Majors et unités des autres corps (gendarmerie, garde nationale, police) et à la 6ème région militaire. C’était la routine et n’eussent été les clameurs et les applaudissements venant du stade de la capitale (où se tenait un meeting du PPM), ce dimanche fut comme les autres.
Je récupérai ma famille et nous rentrâmes au Génie et sur le chemin, je m’arrêta à la guérite du poste de police sur la route de Toujounine pour dire au factionnaire que des véhicules militaires passeraient pour se rendre au Génie ; je l’avais fait pour enlever toute méfiance de sa part.
Au Génie, je convoquai les deux officiers que je pensais associer et les informai du matériel allait arriver de l’Etat major et qu’il fallait me monter deux compagnies de combat prêtes pour 21 heures pour un renfort éventuel à Idini dans la nuit.
Quelques minutes plus tard, arrivaient les premières land Rover équipées en armes, munitions, carburants, radios envoyés par Cimper au rythme de deux à trois tous les quarts d’heure.
Cimper me téléphone vers 17 heures pour me dire avoir eu l’adhésion du Lieutenant Boylil Cdt de la CQG (compagnie du quartier général dont les deux unités se relayaient chaque nuit pour la protection extérieure de la présidence) et que dans le cadre d’une opération à la querelle la CQG allait être engagée, il fallait réduire l’effectif à envoyer à la présidence et qu’il passera (le lieutenant Boylil) me voir au génie pour prendre les consignes le moment venu. A 18 heures 30, j’ai appelé mon jeune frère, le lieutenant Moktar Ould Saleck (frère de Jiddou Ould Saleck) au génie et comme je savais qu’il serait partant, je lui ai tout dévoilé et lui ai confié la mission principale, celle de se rendre dès que je lui dirai (il commandait un sous groupement chargé de la protection des émetteurs) à la Présidence, récupérer le Président Mokhtar Ould Daddah et le remettre à un élément que j’enverrai au carrefour qui est devenu le carrefour Madrid. Pour l’accès et l’opération à l’intérieur de la Présidence, il me dit pouvoir compter sur son ami le Lieutenant Moulay Hachim, ce qu’il me confirma plus tard ; (le lieutenant Moulaye Hachim était aide de camp du Président Mokhtar Ould Daddah). Ensuite ce fut le tour du Lieutenant Boylil qui reçut pour mission d’interdire tout moument au niveau de l’Escadron d’escorte et de sécurité, ainsi qu’au niveau de l’Etat Major de la garde nationale et de la centrale téléphonique.

Au niveau du génie, les deux compagnies étaient constituées et les hommes rassemblées par équipages à côté de leurs véhicules à partir de 22 heures. A 23 heures, j’informai les Lieutenants Kébé Abdoulaye et El Arby Ould Sidi Ely de nos vraies intentions et comme je m’y attendais, ils y ont adhéré totalement et je leur donnai les ordres en conséquence à savoir :

- Lieutenant Kébé – le moment venu, avec une compagnie, aller investir la tour de contrôle de l’aéroport de Nouakchott, bloquer le Garim et mettre les canons de 23 m/m (que j’avais au génie pour aider à la défense du camp, des stocks de munitions et des prisonniers sahraouis) face à la 6ème région militaire pour stopper toute réaction, notamment celle des blindés et faire face à la route Nouakchott-Akjoujt.

- Lieutenant El Arbu – empêcher avec sa compagnie toute réaction des flancs Est et Sud de l’Etat Major de la gendarmerie, faire face à tout renfort qui viendrait de la route de Rosso ou du Port.

J’ai formé sous les ordres de l’adjudant Sidibé Moussa un élément composé d’hommes sélectionnés chargés de récupérer le président Mokhtar Ould Daddah au carrefour (dit carrefour de Madrid), de le conduire avec tous les égards dans mon bureau aménagé à cet effet et qu’ils répondraient de leur vie à tout ce qui arriverait à notre hôte.

C’est vers minuit que j’ai appelé le Colonel Moustapha pour lui dire que j’ai tenu la promesse que je lui avais faite le matin à savoir la reprise du coup d’Etat manqué du 8 ; sa réponse montrait un certain scepticisme mais il promit de faire immédiatement démarrer les forces en attente (les régions militaires du Nord et de Nouadhibou), bloquées au Nord d’Akjoujt dans la nuit du 8 au 9, afin que les premiers éléments arrivent très tôt le matin à Nouakchott ; j’avais des appréhensions surtout par rapport aux forces alliées de la Mauritanie basées à Akjojt et celles aéroportées cantonnées à Nouadhibou.
Il fallait sécuriser au plus vite le coup d’Etat en cas de réussite, vu la faiblesse des moyens engagés pour l’exécuter. Dans le même temps, j’ai demandé que nos amis sectionnent le câble téléphonique reliant Nouakchott à Akjoujt et que le sous groupement du Lieutenant Ely Ould Mohamed Vall « mettre toute la gomme » afin de venir renforcer le Génie militaire ; le Colonel Moustapha acceptait tout cela et je sentais qu’il commençait à y croire.
Ensuite, j’ai informé mon ami Cimper que les dés étaient jetés et que j’avais fait un compte rendu au chef d’Etat Major. J’ai fait un dernier tour en ville et tout y était calme.
A 4 heures, j’ai contacté chacun des officiers chargés de l’action et tous étaient prêts ; les Lieutenants Kébé et El Arby prenant du thé avec moi au bureau ayant déjà fait embarqué le personnel à bord des véhicules et informé les sous officiers chefs de groupes que l’on allait se rendre en renfort à Idini. A 5 heures du matin, j’ai dit au Lieutenant Mokhtar Ould Saleck par radio de démarrer, il s’était rapproché de son objectif dans la nuit et les rues étaient désertes, il a fait vite car à 5 heures 20, il me dit : « Mon Capitaine, mission accomplie », je me dirige vers le lieu de rendez-vous.
J’ai fait démarrer aussitôt l’adjudant Sidibé Moussa et ses éléments et simultanément, j’ordonnance au Lieutenant Boylil, aux Lieutenants Kébé et El Arby d’aller chacun remplir les missions qui leur étaient confiées.
Avec mes éléments de commandement, je passais à côté de l’adjudant Sidibé qui venait de récupérer le Président Mokhtar et j’en avisai aussitôt le Colonel Moustapha. Je me rendis avec mon PC à côté de la mosquée et mit des éléments face à l’Etat Major de la gendarmerie pour pallier à toute sortie possible.
Je reçus avant 6 heures le compte rendu des officiers chargés de l’action et tout avait parfaitement marché et ce, sans un coup de feu car la consigne que j’avais donnée (de ne tirer que si on est attaqué) a été respectée par tous.
En cette belle matinée du 10 juillet, le Président Mokhtar était en sécurité, les Etats Majors neutralisés, l’aéroport et le Garim sous contrôle et les axes Nouakchott-Rosso, Nouakchott-Akjoujt et Nouakchott-Boutilimit sous le feu des mitrailleuses et des mortiers. La 6ème région se réveille avec les canons de 23m/m pointés vers elle au moment où les premiers permissionnaires rentraient de la ville.
Je fis un compte rendu complet du Colonel Moustapha qui était arrivé à l’Etat Major national et j’informai le Capitaine Cimper de la réussite de l’opération sur toute la ligne.
Je me rendis rapidement au Génie et je fis transférer le président Mokhtar de mon bureau à une chambre de passage confortable aménagée à cet effet dans mon logement de Directeur du Génie et je donnai des ordres afin que l’on satisfasse toutes ses demandes.
Je fis porter dans la chambre des habits qu’il m’avait demandés ainsi qu’une peau de prière et un livre de Coran. Je le saluais respectueusement et lui montrais tous les égards dus à celui qui sera toujours le père fondateur d’une Mauritanie qu’il a toujours aimée.
Ma famille qui n’était au courant de rien de tout ce qui s’était passé sous son nez n’en revenait pas après avoir écouté RFI.
On est venu m’annoncer l’arrivée du lieutenant Ely Ould Mohamed Vall et son sous groupement ; je lui souhaitai la bienvenue et il mit en place ses troupes.
Je fus convoqué à l’Etat Major où je retrouvai entre autres Haidalla, Boukhreiss, Jiddou Ould Saleck (les commandants des régions Nord et Ouest) et nous nous congratulâmes ; ils étaient heureux mais fourbus et les yeux rougis de sommeil d’avoir roulé toute la nuit.
Après nous fîmes la première réunion du Comité Militaire de Redressement National et commença alors une autre histoire !… C’est cela qui fait la différence avec toutes les « légendes » que j’ai déjà entendues sur le 10 juillet 1978.
On a entendu par ci et par là certains dire qu’ils savaient qu’il y avait un coup d’Etat en préparation ; c’est peut-être possible par rapport au coup d’Etat manqué du 08 juillet.
Quant à celui du 10 juillet, conçu, préparé et exécuté en moins de 24 heures, personne ne pouvait l’imaginer et encore moins le savoir.
Enfin, c’est pour garder l’unité des Forces Armées et de Sécurité (qui étaient encore en guerre) et maintenir la cohésion nationale que le CMRN a été constitué comme il l’a été, afin que tout le monde s’y reconnaisse.

Athié Hamath

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