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« Illusions perdues » de Aichetou mint Ahmedou, mode de lecture d’une métaphore très symbolique .

Un très beau texte ! Probablement le plus révélateur, à mon sens, de ce que tu es, de ce qui te passionne. Pas trop difficile de te « débusquer », Aichetou ! Il suffit de te suivre à travers ton écrit, presque à la lettre, de décrypter certains des signaux que tu émets. Certes, lumineux, éclairants… mais pas toujours aisés à capter. Et voilà qui rend l’exercice intéressant.
En effet, la vie, tu nous invites à y réfléchir en permanence : « (…) parlons-en toujours ! », écrits- tu. Et c’est justement là que l’on va trouver la clé, ce sens particulier que tu lui donnes, la percevant comme un symbole très révélateur. 
Selon ma lecture, mon décodage, pour toi, « la vie (…), cette bataille de longue haleine », c’est l’écriture, avec tout ce qu’elle engendre de plaisir, comme de contrainte ou de risque. Tu l’as prise à bras-le-corps, apprivoisée, domptée, comme un dresseur « arrive à nourrir de sa main une bête sauvage (et féroce) ou comme un amant (…) rentre dans les bonnes grâces de l’élue de son cœur, à force de ténacité (…) ».
Tes « Illusions perdues » en sont l’expression, l’image. Evidement qu’elles sont non univoques, comme toute œuvre littéraire digne de ce nom. Mais tout lecteur attentif au pouvoir évocateur de ta plume y décèlera un portrait, une toile symbolique et poétique de ce rapport, profond, intime, indescriptible… qui te lie à cette passion naturelle, vivace et toujours inassouvie, qui t’habite, à ces rêves complexes, inaccessibles, incertains… que tu dois coucher le plus simplement du monde sur papier. Et impérativement !
Bien sûr que dans ce cas, obstacles et embûches ne vont pas manquer sur ton chemin. C’est le message que nous envoie la tonalité parfois grave, tragique… de tes « Illusions perdues ». Oui, tu te sentiras parfois comme dans « une tragédie finale inéluctable, qui (te) remplit comme rien d’autre d’effroi et de répulsion ». Mais, l’écrivaine, généreuse, à l’aise dans son effort, que tu es, ne baisse pas les bras, ne jette pas la plume. Elle se dit : « Il y a toujours une lueur quelque part pour qui n’est pas tout à fait aveugle ».
Ce message d’espoir, d’optimisme, te guide, soufflant la persévérance dans ton oreille, sourdement mais fermement: « Et même si ce round est perdu, en avant pour le round suivant ». Et toi, rassurée, tu te mets à l’œuvre, méthodiquement, en passionnée de son art, résolue et efficace, mais calme et discrète, pointant le but sublime vers lequel tu veux arriver sûrement : communiquer ta vision du monde en mettant en valeur les fonctions poétiques du langage.
Continue sur ce chemin, comme tu l’as fait jusqu’à présent. Tu t’es forgée suffisamment d’atouts pour persévérer dans cette voie. Poète, romancière, nouvelliste, fabuliste et chroniqueuse, les modes d’expression ne te font pas défaut (ما شاء الله). C’est un énorme avantage que de maîtriser tous ces genres littéraires. Avec la possession d’une telle gamme, d’un tel savoir-faire, de tels dons, tu dois te sentir, honnêtement, quelque peu enviable, mais tu n’y accordes manifestement point d’importance, ta modestie faisant ta force et ton assurance tranquilles.
Rends-toi compte, cependant, que, dans ta propre vision poétique, celle de l’écrivaine insatiable, à la quête de l’excellence artistique, tes « Illusions perdues », qui sont polysémiques, pourraient aussi être perçues sur un autre registre. Comme une expression de la peur d’un échec quelconque, de la peur « d’ambitions brisée, d’espoirs dérisoires »…ou comme un miroir reflétant d’autres appréhensions mystérieuses et insaisissables …des craintes qui hantent tout créateur, perfectionniste ou idéaliste, qui rêve comme toi. Voir tes « Illusions perdues » à travers cet axe de lecture incite à la prudence. Une bonne chose en principe. Mais n’y cède pas trop!
Ton œuvre est un très beau succès. Et tout me pousse à croire que ça va continuer et perdurer. Sois surtout hermétique à toute tentation qui te conduirait à agir dans une direction différente. Même si de temps à autre, de faux présages, sataniques, te soufflent quelquefois que l’écriture, « la vie », te « demande sans ambages de la laisser tranquille, de lui coller la paix », ne les écoute pas. L’écriture et toi, vous formez désormais un couple inséparable, qui nous procure beaucoup de bonheur, qui nous fait rêver, qui nous émerveille. Ne nous lâchez pas !
El Boukhary

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