https://c2.staticflickr.com/6/5293/5537225811_d3e1279c14_o.jpg

La dernière tournée de prise de contact – Moktar Ould Daddah – printemps 1974 (collection personnelle de BF de Foucault)

Daddah moctar Photo 017 10Après avoir été souvent reçu en tête-à-tête par le président Moktar Ould Daddah depuis Avril 1965, j’ai été souvent invité par lui à le suivre en ce qu’il appelait une tournée de prise de contacts. Notamment deux fois au printemps de 1974.

 

Ce moment-là était particulier déjà tandis que nous le vivions. Il succédait aux séminaires régionaux qui en 1969-1970 ouvrirent le Parti à la jeunesse universitaire et aux « jeunes cadres » (autre expression affectionnée par Moktar Ould Daddah). De 1971 à 1975, le gouvernement et le bureau politique, par leur composition et aussi par leurs décisions, en portèrent la marque. Le thème de cette tournée-là fut, comme à l’habitude l’union des cœurs et l’exhortation au travail du développement, mais les réunions de cadres à chaque étape d’un voyage qui dura plus de quinze jours de Boghé à Tichitt : la IVème région, qu’à l’expérience, il fut décidé de dédoubler, Tidjikja recevant chef-lieu, portèrent sur le Sahara et la réunification. Dix-huit mois avant les faits et avant la guerre. Plus encore que la guerre, ce fut l’aggravation de la sécheresse qui a posteriori donne à cette tournée du printemps de 1974 son caractère exceptionnel : sauf erreur de ma part, c’est la dernière à avoir été aussi développée, dans l’intérieur du pays.

Daddah moctar Photo 017

En apparence, c’était une pause. Le régime remportait une ultime victoire par séduction, le ralliement de la majorité des Kadihines et l’apaisement des divisions syndicales. Nul ne pouvait soupçonner que l’armée, missionnée pour participer au développement local et dont les principaux cadres étaient par rotation affectés au gouvernement de quelques-unes des régions, résisterait mentalement, au moins dans sa « haute hiérarchie » (expression ad hoc pour les putschs depuis celui de 2008) à l’intégration au Parti. La révision des accords de coopération avec la France, l’introduction bien menée de la monnaie nationale ne donnaient pas à penser que l’on allait à la nationalisation de Miferma.

 

Aucune tension donc, une ambiance consensuelle, un pays apaisé et apaisant. Le Président en pleine forme physique, Mariem moins, qui risqua malheureusement la fausse couche, les populations plus que courageuses, et surtout très attentives, de la vallée du Fleuve au Tagant. Peu de rencontres individuelles, crible du Parti pour quelque audience que ce soit, pas d’arrêt de la délégation présidentielle dans un lieu d’accueil si la section locale ou le comité était en scission. Deux grands moments chaque jour : le discours populaire, la réunion de cadres. Voix sourde et chaleureuse, conviction évidente du Président en plein air, le haouli souvent passé sur la tête au rythme des premiers mots… les approbations par coups de tam tam et sifflets, trois-quatre gardes pour souvent un millier de personnes. Aucune sécurité que l’évidente osmose du pouvoir avec le peuple. La réunion de cadres d’une liberté totale de prise de parole et de discussion. Force du Président : sa résistance à la fatigue et au sommeil.

Daddah moctar Photo 917

Photos librement prises. Celle faisant la couverture des mémoires du Père fondateur et abusivement recelée pour la campagne présidentielle de 2009, date de cette époque, une halte sous tente à Maghta-Lahjar.

Bertrand Fessard de Foucaultdimanche 9 Février 2014

Le Calame

Vous pouvez laisser une reponse, ou trackback a partir de votre propre site.

Laisser un commentaire